Avec la pandémie de coronavirus, les peuples autochtones deviennent encore plus vulnérables. Accès au soin difficiles, conditions de vie plus précaires, projets extractivismes qui reprennent de la vigueur, pollutions, leur fragilité s’accentue. Pourtant, des mobilisations existent et les populations parviennent à s’organiser.

On a vu la semaine dernière que les peuples autochtones étaient fragilisés par la crise du Covid-19. Il y a un autre effet collatéral à cette pandémie : les projets extractivistes profitent de l’aubaine pour reprendre ou s’étendre.

© France Libertés

“Oui, on peut dire ça malheureusement. Il y a eu de nombreux appels d’autochtones pour dénoncer le fait que certaines exploitations reprenaient de plus belle comme les projets illégaux, l’orpaillage illégal, notamment au Brésil ou en Guyane. L’attention était focalisée sur le coronavirus et beaucoup moins sur leurs activités. Au début de la pandémie, il y avait énormément d’appels et de messages d’autochtones expliquant que tel fleuve était de plus en plus pollué, ce qui dénotait une augmentation de l’orpaillage illégal. Il y a aussi les projets légaux, toutes ces entreprises multinationales qui continuent à chercher à amoindrir les normes environnementales pour pourvoir mieux extraire, avec moins de contraintes.”

“Certains Etats ont lancé des travaux en pleine pandémie”

“Clairement, c’est une menace supplémentaire. La difficulté est que les autochtones ne peuvent pas lutter aussi bien qu’ils le faisaient auparavant, puisque les rassemblements sont compliqués. Et surtout, l’attention est focalisée sur la santé de leur peuples avec des disparitions inquiétantes des aînés notamment. Et quand un aîné décède, c’est aussi une partie de la culture et des savoirs qui potentiellement peut être mis en danger. C’est une vraie menace.”

Pour faire face à leur isolement, les peuples autochtones se sont organisés… en faisant appel à leurs pratiques ancestrales pour se protéger.

“Une des mesures les plus classiques qui a été prise par différents peuples un peu partout sur la planète, c’est de fermer les villages autochtones, de barrer l’accès, pour réguler les flux et tenter de gérer tant bien que mal cette situation. On a eu aussi beaucoup d’autochtones, qui vivaient en ville, qui ont cherché à revenir sur leur territoire natal, parce que c’est perçu comme une façon de se protéger. Il y a cette idée que ce serait moins dangereux que la ville où cela grouille de personnes. Les interventions radios se sont multipliées, comme les portes-à-portes, pour diffuser les consignes sanitaires. C’est extrêmement important que ces consignes soient diffusées dans leur langue. Certains peuples ont mis en place leur systèmes traditionnels liés à la santé, avec l’utilisation de plantes, pour lutter contre des effets de la maladie. Il y a par exemple l’ancienne rapporteuse spéciale de l’Onu, Victoria Tauli Corpuz du peuple Kankana-ey Igorot aux Philippines, qui a expliqué que, dès que la pandémie s’est déclarée, son peuple a mis en place une manière traditionnelle de verrouiller les communautés. Les gens vivent dans le village, et ensuite il y a de la solidarité, de l’entraide qui s’organise en fonction des villages qui sont le plus en difficulté. Ça ne suffit pas parce qu’il y a un grand besoin d’appui et de dénonciation de certaines politiques d’Etat.”

Au Brésil, “un risque de génocide”

Face à ces tragédies annoncées, des mobilisations s’organisent, notamment avec une campagne qui a été lancée pour alerter sur la catastrophe en cours au Brésil.

“C’est la campagne du photographe franco-brésilien Sebastiao Salgado qui parle de génocide, parce qu’il y a le risque pour certains peuples de disparition potentielle, notamment pour les peuples en isolement. Il s’agit de porter l’attention en France sur ce qui se passe ailleurs. Les yeux sont beaucoup rivés sur le Brésil parce qu’il y a une situation dramatique. Depuis l’élection de Bolsonaro, c’est de pire en pire. On est sur un gouvernement qui est profondément anti-autochtone, avec une volonté ouvertement affichée de conversion forcée, de rentrer en contact avec les peuples isolés, d’amoindrir les lois qui étaient passées et d’ouvrir leur territoires à l’exploitation minière, à l’exploitation pour l’agriculture industrielle. Les yeux sont fixés sur ce pays parce que c’est emblématique de ce double problème : le problème de base, avec les question autochtones, et cette pandémie qui vient ajouter un risque accru, surtout quand on sait que Bolsonaro ne prend pas en compte la gravité de la situation avec le coronavirus.”

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