Ils sont français, libanais, syriens, ou encore palestiniens. Il y a cinq ans, ils ont créé au Liban le collectif Buzuruna Juzuruna, le lauréat 2020 du Prix Danielle Mitterrand.

L’objectif : rendre accessible au plus grand nombre le riche patrimoine semencier du pays dans la vallée de la Bekaa et rendre aux Libanais leur souveraineté alimentaire.

Tout est parti d’un voyage autour du monde de Zoé et Ferdinand.  Ils sont frère et sœur… Arrivés au Liban, ils se sont retrouvés bloqués par la guerre en Syrie. Ferdinand, agronome de formation, est alors aller travailler dans une ferme… comme le raconte sa sœur, Zoé. Elle répond à Diégo Olivarès

“Comme il vivait sur le domaine, il a beaucoup côtoyer de travailleurs qui étaient des réfugiés syriens. On a mangé avec eux, beaucoup discuté. On a écouté leur histoire. Les personnes qu’on a côtoyé, comme Walid et Salem avec qui on a par la suite fondé Buzuruna Juzuruna, nous racontaient qu’ils avaient dû fuir leur village en Syrie. Il était en état de siège. Pour fuir la faim, il ont dû abandonner leur terrain, héritage familial depuis des générations, et leur maison qu’ils venaient juste de construire. On s’est dit, c’est horrible ces histoires de paysans qui perdent tout leur patrimoine, leurs terres, leurs semences, et qui doivent fuir et reconstruire une vie ailleurs On a eu envie de créer un lieu, une ferme, pour retravailler sur ces semences qui allaient disparaitre. On a voulu construire un lieu qui fasse perdurer cet héritage pour pouvoir le transmettre”

Zoé Beau © Buzuruna Juzuruna

Réaliser un rêve

Après un aller-retour en France pour ramener des semences, ils se mettent en chasse d’un terrain pour réaliser leur rêve. Un mécène va leur permettre de se lancer. Zoé.

“Au début, c’est la volonté, la folie, la curiosité et l’envie de faire. Et tout d’un coup, c’est quelqu’un avec des moyens qui permet de réaliser nos rêves les plus fous. C’est à partir de là qu’on a eu notre terrain de deux hectares. On a organisé une grande fête avec des gens qui sont venus de tout le Liban, avec plein de milieux sociaux différents et de nationalités différentes. On leur a expliqué notre projet, notre volonté monter un collectif, de faire de la semence, et de donner des formations. C’est à l’issue de cette fête qu’on a trouvé le nom de Buzuruna Juzuruna.”

Nos graines sont nos racines © Buzuruna Juzuruna

Former pour accéder à l’autonomie

La ferme école est née avec des jardins partagés et des formations, dans le but de faire ensemble, de transmettre un savoir, pour aller vers l’autonomie des Libanais. Serge, le président de Buzuruna Juzuruna.

“Le but est de pouvoir proposer un accès à la connaissance qui n’est pas toujours facile dans notre région. Nous avons tout fait en arabe pour être beaucoup plus accessible. Ces formations sont divisées en plusieurs parties avec des grands thèmes comme les semences, le compost, les arbres, la préparation du sol, les biopesticides. Tout ce qui permet de faire les choses soi-même et de fonctionner en autonomie par rapport au grand marché de l’agro-industrie. L’idée est que, l’année prochaine, on ne soit pas aussi investi que cette année. Il faut que ce soit le groupe lui-même qui mette en place un collectif, une charte interne. Petit à petit, grâce à nos formations et des formations proposées par d’autres associations sur la gestion de conflits, sur la communication non-violente, ils ont tous les outils disponibles pour pouvoir continuer indépendamment de nous.

La force des différences

Au-delà de l’aspect agricole, le collectif est aussi le fruit de formidables rencontres. Pour Lara, la compagne de Ferdinand, c’est la diversité des membre du collectif qui fait sa force.

“Un des challenge pour nous, c’est qu’on est un groupe très hétérogène. On ne parle pas tous la même langue. On est tous extrêmement différents. Moi je suis une femme noire. Je suis née à Madagascar, j’ai grandi entre la Réunion et la métropole. Zoé, Cécile et Ferdinand sont parisiens. Lucas est de Lille et a vécu à Paris. Serge est de Tripoli. Charlotte a grandi dans une ferme en Ardèche. Oualid vient de la banlieue d’Alep, Salem de la banlieue de Damas. Quand je nous vois tous ensemble, c’est complètement improbable. Je suis hyper fière de me dire qu’on réussi à construire tout ça ensemble.

Multiplier le collectif

Sur fond de profonde crise sociale économique et politique, le collectif espère maintenant faire prospérer le projet et multiplier les initiatives. C’est le souhait de Zoé.

“A court et moyen terme, j’aimerais que de plus en plus de personnes s’intéresse à ce qu’on fait ici dans la Bekaa, pour nous aider à reprendre la ferme ou pour nous aider à multiplier notre projet un peu partout au Liban. On est une équipe d’étrangers. Il y a très peu de Libanais dans le collectif. On aimerait beaucoup que ce soit repris et faire une belle transmission qui prennent même plusieurs années et que le collectif se multiplie un peu partout qu’il fasse des petits. On aimerait s’inscrire dans un réseau international pour faire du plaidoyer autour de la semence et sur la petite paysannerie, et pouvoir rayonner un peu plus loin que la Bekaa. Il faut continuer à croire dans des projets, même s’ils paraissent un peu absurdes. C’est chouette. C’est comme ça que, cinq ans après, il y a une trentaine de personnes qui vivent dans un jardin tout coloré au milieu de la Bekaa.”

© Buzuruna Juzuruna

Buzuruna Juzuruna est donc le lauréat du prix Danielle Mitterrand 2020, Lara n’en revient pas et en ressent une énorme fierté.

“Quand on a su qu’on avait ce prix, on s’est dit, comment c’est possible, on n’a même pas postulé ? Cela a fait du bien à tout le monde, particulièrement dans ce contexte. C’est très compliqué. Ils ne se projettent plus dans le pays. Tout le monde est déprimé. Cela les rend fiers et cela nous rend fiers. Cela donne du sens.”

La cérémonie de remise du prix Danielle Mitterrand sera à suivre sur Internet le 23 novembre 2020, à 18h.

Pour aller plus loin :

© Buzuruna Juzuruna

 

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