3:51 - jeudi septembre 29, 2016

Curitiba – la ville écologique à bout de souffle

Lu 3307 fois Philippe Boury 1 réaction
© actusports.fr
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C’est au Brésil que nous allons cette semaine, à l’occasion de l’ouverture de la coupe du monde de football. Et plus précisément à Curitiba, l’une des villes qui accueillent les matchs de la compétition.

Hormis le fait d’abriter deux des clubs historiques du foot brésilien, Curitiba est surtout connue pour être la ville écologique par excellence. Un engagement qui n’est pas récent puisque les municipalités qui se sont succéder depuis 40 ans à la tête de la ville travaillent sans relâche au développement de la cité dans le respect des populations et de l’environnement.

Située au sud du Brésil, Curitiba a vu sa population multipliée par 12 en 50 ans, passant de 150.000 habitants en 1950 à près de 1.8000.00 habitants en 2010. Il a donc fallu très tôt anticiper cette croissance.

Les habitants de Curitiba ont donc souhaité conserver la douceur de vivre de leur cité. Ils redoutaient que le développement soit mal maitrisé comme dans d’autres mégalopoles brésiliennes telles que Rio ou Sao Paulo. Un programme d’urbanisation innovant a ainsi été mis en place afin d’associer croissance économique, développement social et protection de l’environnement.

Un des premiers chantiers engagé a été le développement d’un réseau de transport en commun qui soit la colonne vertébrale d’une urbanisation cohérente. C’est la clé du modèle curitibain. Plutôt que de construire un métro, comme beaucoup de grandes villes, Curitiba opte pour des autobus en site propre. Les véhicules extra-longs, bi-articulés, transportant jusqu’à 270 passagers, sillonnent la ville au milieu des artères principales.

© http://gehlcitiesforpeople.dk

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Les stations, des tubes transparents servant de sas, sont conçues pour être accessibles aux personnes à mobilité réduite. Elles sont équipées de points d’achats de tickets, comme dans des stations de métro afin d’éviter l’attente à la montée dans les bus. On y trouve des kiosques à journaux, des fleuristes… De quoi patienter sereinement en attendant son bus… Une attente qui reste limitée : toutes les deux minutes, un bus s’arrête devant les stations-tubes !

Le maillage du réseau à lui été pensé pour desservir pleinement et rapidement à la fois le centre de la ville et l’ensemble de la périphérie. 340 lignes de bus sur plus de 1000 km.

Des zones piétonnes agrémentent aussi le paysage de la cité… Et pour éviter de multiplier les déplacements, la municipalité a créé dès 1985 des « rues de la citoyenneté ». A proximité de chaque terminal de bus, ces rues regroupent la plupart des services publics, des commerces, des salles polyvalentes pour les activités culturelles et sportives, ou encore des magasins familiaux… Ces 9 rues, véritables pôles de services de proximité desservant chacune environ 20.000 personnes, sont gérées par des représentants de quartier. Une démocratie participative avant l’heure qui permet de résoudre rapidement les problèmes locaux ponctuels.

La gestion des déchets fait aussi partie de la démarche écologique de la ville. Lancée en 1989, elle est l’affaire de tous. Deux fois par semaine, des camions sillonnent la ville et réceptionnent les paquets de papier, de verre ou de plastique préparés par les habitants. En échange, les curitibains reçoivent un kilo de nourriture ou des tickets de transport.

Les déchets collectés sont triés et valorisés dans des centres spécialisés qui emploient des personnes en difficulté.  Au total, Curitiba récupère et tri plus de 13% de ses déchets, alors que la moyenne dans les autres grandes villes brésiliennes est de 1%.

D’autres réalisations de cette ville durable avant l’heure pourraient encore être citées… Comme les « phares du savoir », des centres culturels gratuits, proposant bibliothèque, ou accès Internet… Ou encore la « ligne pour l’emploi » ou les « hangars de l’entrepreneur », autant d’actions menées pour favoriser l’emploi et un aménagement du territoire raisonné. Les centres de santé gratuits, l’école, les espaces verts font aussi partie des lignes directrices du développement de la ville.

Depuis 40 ans, la volonté des élus qui se sont succédés à la tête de la ville a porté ses fruits. Le dynamisme économique de Curitiba a longtemps fait figure de modèle au Brésil. Avec un taux de chômage de 4%, les exigences environnementales et sociales se combinaient avec réussite économique.

Mais ce modèle semble avoir atteint ses limites. Confrontée aux mêmes défis que l’ensemble des métropoles, la ville a perdu peu à peu sa capacité d’innovation.

L’explosion démographique semble avoir eu raison du mythe. Les poches de pauvreté se multiplient, la violence s’accroit. Et le réseau de transport en commun, fierté de la ville, semble lui aussi à bout de souffle. Si 80% des déplacements urbains sont effectués en bus, le réseau, lui, arrive à saturation. Il n’est pas rare de voir les bus articulés avancer au pas, les uns derrière les autres. Les curitibains se rabattent donc sur la voiture, saturant à leur tour les autoroutes urbaines. Et la gestion des déchets, autre fierté de la ville, semble aussi avoir perdu de son exemplarité.

Pour compléter tout çà, les travaux nécessaires à l’accueil des matchs du Mondial ont aussi amplifié les difficultés quotidiennes.

Le modèle de cité durable qui avait encore cours il y a quelques années semble s’essouffler. Mais devant les problèmes qui s’accumulent et le déclin qui est entamé, les habitants de Curitiba semble vouloir faire entendre leur voix. Dans cette ville qui a toujours voulu conjuguer développement et environnement, dans le respect des populations, il reste à espérer que son histoire serve de modèle à son propre futur.

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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