3:23 - samedi décembre 3, 2016

Le Prix Goldman contre l’exploitation minière au Pérou

Lu 2884 fois Philippe Boury 0 réaction
© Goldman Environmental Prize
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Il est parfois surnommé le Prix Nobel de l’Ecologie. Le Prix Goldman récompense chaque année des militants de l’environnement.Des hommes et des femmes engagés dans la défense de la nature.

Ils luttent contre la pollution, les déchets, la déforestation, l’exploitation minière ou les expulsions de peuples autochtones. Tous les ans, 6 lauréats répartis en six zones géographiques sont ainsi distingués. Cette année, le 27ème Prix Goldman récompense notamment la péruvienne Máxima Acuña Chaupe.

Qui sont Máxima Acuña Chaupe et sa communauté ?

© Goldman Environmental Prize

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« Máxima est une Péruvienne de l’Altiplano andin, de la région de Cajamarca, dans le nord du Pérou. Elle vit à 3000 mètres d’altitude avec sa communauté. Elle pratique une agriculture vivrière depuis 1994 avec son mari. Ses terres sont revendiquées depuis 2011 par le consortium de multinationales Yanacocha qui développe le mégaprojet minier Conga.

Les habitants de cette région sont de culture Quechua. Ils vivent de la terre et entretiennent avec elle un rapport très spirituel. La terre est une entité vivante, la terre mère, et est respectée comme telle. De nombreuses associations qui défendent la terre contre le projet Conga, ont pris comme slogan « défendre la terre et tous ceux qui nous donnent la vie, particulièrement l’eau ». Un des slogans fort est « Oui à l’eau, Non à l’or ». »

Depuis 2011, Maxima s’oppose aux entreprises d’extraction d’or. Sa lutte et la mobilisation des communautés locales sont un symbole fort de la résistance à l’extractivisme. Pourquoi cette mobilisation ? Quel est l’enjeu ?

« Máxima, avec d’autres membres de sa famille et de sa communauté, tente d’empêcher l’installation de l’entreprise Yanacocha, sur ces terres, pour ce qui serait l’une des plus grandes mines à ciel ouvert d’Amérique latine. Le projet nécessiterait de vider cinq lagunes, soit pour récupérer l’or qui est en dessous, soit pour y déverser quotidiennement 90.000 tonnes de déchets miniers accompagnés de substances toxiques pendant 17 ans. La technique utilisée nécessiterait le déversement massif de cyanure dans la nature et utiliserait 11 millions de mètres cubes d’eau chaque année. On se rend compte que le projet menace de détruire le complexe hydrique local, qui canalise les infiltrations d’eau de pluie tout en alimentant les champs et les villages de la région. C’est tout un mode de vie ancestral qui est menacé et tout un équilibre que ces communautés maintiennent de puis très longtemps.

La mobilisation est tenace et massive. Il y a des rondes paysannes qui se sont montées pour assurer une présence permanente sur les sites menacés, pour surveiller que le projet ne démarre pas. Dès la fin 2011, des milliers de personnes ont campés à plus de 4000 mètres d’altitude au plus près des sites et des lacs menacés pour les protéger. Plusieurs grèves générales ont paralysé toute la région de Cajamarca. Des conflits locaux ont également éclatés. L’entreprise applique le « diviser pour mieux régner ». Elle va offrir de l’argent à certains membres de la communauté et pas à d’autres pour susciter des jalousies. Elle promet des emplois  en échange du soutien inconditionnel au projet. Cela brise des familles, des solidarités entre voisins. Ce sont toutes sortes de pratiques qui s’apparentent au chantage et à la corruption, et visent à briser la solidarité et le sentiment d’appartenance à la communauté. »

© Goldman Environmental Prize

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Une lutte environnementale, une lutte humaine, qui peut parfois être violente, au prix de la vie de certains militants.

« Cette mobilisation a déjà couté la vie à cinq personnes, suite à la déclaration d’état d’urgence dans la région en 2012. C’était des leaders paysans victimes de la répression violente qui s’abat sur toute forme de contestation du projet. 110 opposants dont des élus locaux sont poursuivis en justice. Il y a une criminalisation de la protestation. Il y a aussi une forte collusion entre l’entreprise et le gouvernement. Les lagunes visées par le projet sont gardés par des policiers mis à disposition par l’état et directement rémunérés par l’entreprise. Ces moyens considérables visent à empêcher toutes mobilisations qui sont désastreuses pour l’entreprise et pour l’image du gouvernement péruvien. Le président avait pourtant fait campagne en 2011 sur le fait qu’il défendrait l’eau plutôt que l’or dans ce genre de conflits environnementaux. C’est une ironie de très mauvais goût.

La répression est particulièrement visible dans le cas de Máxima. L’entreprise a vraiment eu recours à tous les moyens pour l’expulser de ses terres. On lui a volé son bétail, elle a été menacée de mort, on lui a incendié ses biens, torturé ses animaux. Elle a été frappée avec sa fille par des policiers. Elle ne peut plus se déplacer librement ni vendre ses produits agricoles sur le marché, ce qui pose énormément de problèmes financiers à sa famille. »

France Libertés est très en pointe dans le soutien à cette lutte.

« France Libertés soutient la lutte contre le projet Conga depuis plus de 5 ans et avait organisé plusieurs actions pour donner la parole à ces résistants péruviens et mettre en lumière les enjeux de leur combat. En septembre 2013, à Genève, nous avions ainsi organisé un side-event à l’occasion la réunion du 24e Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Milton Sanchez, président de la plateforme interinstitutionnelle de Celendín au Pérou (qui regroupe toutes les associations locales qui luttent contre le projet Conga), avait pu présenter l’impact humain du projet minier Conga à Cajamarca et dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux. En mai 2014, c’est Máxima Acuña Chaupe qui prenait la parole dans une conférence de presse dans les locaux de France Libertés. Et en février 2014 et mars 2015, plusieurs déclarations de France Libertés aux Nations Unies sont venues appuyer les revendications des communautés de Cajamarca. »

Que peut apporter le Prix Goldman pour Máxima et les siens ?

« C’est très positif puisqu’il va donner de la visibilité à cette lutte et aux violences que subit Máxima au quotidien. Mais l’obtention d’un prix, malgré la notoriété qu’il apporte, ne suffit pas à protéger un défenseur des droits de l’homme et de l’environnement comme elle, étant donné les menaces qui pèsent sur elle et sur ses proches.  L’exemple de Berta Caceres, titulaire du prix Goldman en 2015 est frappant. C’était une leader indigène du Honduras qui a été assassinée au mois de mars 2016 suite à sa lutte contre des projets de barrages hydroélectriques. Même si un prix donne davantage de visibilité à une personne, elle ne la protège pas contre la répression et les assassinats. Mais on espère que cela ne se passera pas comme çà pour Máxima. Il faut rester vigilant et ne pas prendre çà pour acquis. » 

Berta Caceres, Prix Goldman 2015, assassinée en mars 2016 © Goldman Environmental Prize

Berta Caceres, Prix Goldman 2015, assassinée en mars 2016 © Goldman Environmental Prize

Et le prix Goldman, c’est aussi 125000 dollars pour le lauréat et sa communauté pour les aider à poursuivre le combat et la mobilisation pour leur région.

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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