7:26 - mercredi septembre 28, 2016

2016, l’année du dérapage climatique

Lu 1303 fois Philippe Boury 0 réaction
© Piero – Altermondes
© Piero – Altermondes

2016 sera-t-elle l’année du dérapage climatique ?

C’est la question que pose le directeur de France Libertés dans une tribune publiée sur le Huffington Post. Six mois après la COP 21, la question du climat a disparu des Unes de la presse. Pourtant, certains signes sont alarmants.

Dans cette tribune, vous tentez d’attirer l’attention des médias sur une étude américaine plutôt inquiétante.

« On sait qu’il y a quelques mois, le niveau de concentration de CO² dans l’air a dépassé les 400ppm (particules par mètre cube d’air), notamment sur Hawaï et dans des zones très peuplées. Ce qu’apporte cette nouvelle enquête, c’est que ce niveau a été dépassé dans une station météo basée au sud du Pôle Sud, dans une zone extrêmement protégée. C’est la première fois depuis 4 millions d’années, qu’il y a autant de CO² dans l’air. Derrière ce chiffre, il faut être conscient de l’accélération la pression de nos modes de vie sur la température et sur la concentration de carbone.

On est dans un moment de l’humanité où l’ensemble des acteurs politiques, économiques et citoyens devraient avoir les yeux rivés sur ces statistiques afin de se poser les bonnes questions : comment transforme-t-on nos sociétés pour lutter fortement contre ce changement climatique ? Malheureusement, quand une telle étude sort, on n’en parle absolument pas. On parle de foot, de Brexit, d’élections, de croissance… Mais on ne regarde pas l’évidence : l’accélération de ce processus. »

Cette accélération du processus de réchauffement, on la voit clairement dans la tribune que vous publiez sur le Huffington Post. Il y a deux graphiques, l’un sur la température du globe et l’autre sur la concentration de CO² dans l’air. Et c’est saisissant.

« Comme tous les scientifiques le disent, il y a un moment où le climat risque de s’emballer. Et le jour où le climat s’emballe, on ne peut plus rien faire. C’est donc plus qu’une urgence. Il faut absolument qu’il y ait une reprise en main de nos sociétés pour faire en sorte que cette problématique de la lutte contre le changement climatique ne soit pas une option ou un thème politique pour une rencontre comme la COP21. Elle doit être une urgence de tous les jours dans la transformation des sociétés qui sont les nôtres. »

Température du Globe

Température du Globe

Concentration de CO² dans l'air

Concentration de CO² dans l’air

Concrètement, quels sont les facteurs aggravants, responsables de cet accélération ?

« Pour les scientifiques, il est clair que le niveau de CO² dans l’air est l’élément le plus important. Nous sommes à un moment de l’humanité où il y a tout un tas de sociétés qui émergent en terme économique et qui impactent autant, voire plus que nous, en terme de CO² sur la planète. L’humanité n’a jamais produit autant de CO². L’atmosphère, c’est exactement comme une bouteille. La concentration de CO² dans l’atmosphère, c’est comme si l’on remplissait une bouteille d’eau. Plus la bouteille est pleine, plus elle est lourde et plus elle pèse sur le climat. Plus cette accélération se produit, plus les impacts sont évidents et rapides.

Il ne faut pas penser que les choses vont rester en l’état et vont s’accélérer tout doucement et que ce sera pour d’autres générations. Cette accélération peut être exponentielle. Il faut lire notamment les rapports du GIEC sur cette question. Le GIEC essaie vraiment de nous alerter. Pour beaucoup de gens, le GIEC s’emballe ou est trop pessimiste. Or, c’est l’inverse. Le GIEC essaie de convaincre les acteurs politiques, uniquement sur des données dont ils sont absolument certains. Ils ne sont pas sur un scénario catastrophe, mais sur un scénario réaliste. Le risque que l’on court aujourd’hui, c’est que, au lieu de freiner nos productions de CO², on les augmente tous les ans. Les schémas que nous proposent les scientifiques risquent donc fort d’être dépassés. Il faut que l’opinion publique comprenne que, non seulement les scientifiques sont prudents, mais ils sont même probablement plutôt optimistes par rapport aux évolutions du climat. Et cela risque d’être plus violent qu’il n’y parait. »

Face à ce dérapage climatique que vous dénoncez, que faire concrètement ?

« Il est essentiel que les citoyens soient conscients de cette urgence pour peser sur les acteurs politiques. Mais il faut surtout que les politiques et les acteurs économiques comprennent que la fête du capitalisme néolibéral est terminée et que l’on doit rentrer dans une aire d’une économie climatique. On ne peut plus envisager l’avenir de nos économies et de nos politiques sans prendre en compte de façon très importante cette problématique du changement climatique. C’est ce que répète Nicolas Hulot souvent. Il l’a répété sur le cas de Notre-Dame des Landes, en disant que l’on ne pouvait pas d’un coté, signer l’accord de la COP21, et construire l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

L’accord de la COP21 n’est absolument pas à la hauteur du défi climatique. Si on n’est même pas capable, politiquement et économiquement, de respecter l’accord de la COP21, alors on est très mal parti. Il faut une prise de conscience globale pour que 2016 ne reste pas l’année du dérapage climatique, l’année où l’on aura pris conscience que les choses sont en train de s’affoler. »

© France Libertés

© France Libertés

Pour aller plus loin :

 

 

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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Pierre Guelff, notre chroniqueur éditorialiste, sur la RTBF et TV5 monde

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