3:59 - dimanche juin 25, 2017

Plus de 220 000 personnes contre la biopiraterie de Coca-Cola

Lu 4373 fois Philippe Boury 0 respond
© Public Eye

Pus de 220 000 signataires demandent à Coca-Cola de cesser de voler les savoirs traditionnels des peuples autochtones, en arrêtant ses pratiques de biopiraterie. Dans son viseur, la Stevia, une plante que Coca-Cola s’est approprié pour ses boisons.

Il y a plus de trois mois, France Libertés lançait une pétition pour que le géant américain du cola respecte les droits des Guarani, ce peuple de la forêt amazonienne du Paraguay et du Brésil.

  • Au mois de novembre, Justine Richer, chargée du programme « Alternatives à la biopiraterie » à la Fondation France Libertés, nous détaillait ce qu’était cette biopiraterie.

« On parle de biopiraterie lorsque des entreprises, ou des instituts de recherche, s’approprient de façon illégitime des savoirs traditionnels des peuples autochtones. Ces savoirs concernent l’usage de ressources génétiques. C’est illégitime car il n’y a pas eu de consentement de la part de ces peuples et pas de partage des bénéfices liés à la valorisation de ces ressources génétiques. Il s’agit de créer du profit à partir de ressources naturelles librement disponibles, en copiant des savoirs ancestraux qui peuvent  concerner la médecine, la cuisine ou la cosmétique, par exemple.

Cette biopiraterie se déroule en plusieurs temps. D’abord des chercheurs observent les peuples autochtones dans leur environnement pour connaitre l’utilisation qu’ils font de la biodiversité. Ils prélèvent ensuite des plantes. Ils isolent le principe actif de la plante qui les intéresse, des propriétés qui sont connues depuis des générations. Pour pouvoir faire reconnaitre et protéger leur innovation, les chercheurs demandent alors un droit de propriété intellectuelle en déposant un brevet. »

© Public Eye

Une biopiraterie a donc des effets sur les peuples autochtones qui se voient dépossédés d’une partie de leur patrimoine.

« Ce brevet peut-être racheté par une multinationale qui en retirera des revenus conséquents en produisant des produits intégrant le savoir traditionnel. Pourtant, pour pouvoir déposer un brevet, on doit respecter certains critères dont la notion de nouveauté et d’inventivité. Or, si ce sont des brevets qui concernent des savoirs qui existent depuis des siècles, il n’y a aucune nouveauté ni inventivité. C’est difficile pour les peuples autochtones de faire reconnaitre leur savoir, car souvent, cela s’est transmis par voie orale et il n’y a pas de preuve écrite sur l’existence antérieure du savoir par rapport au brevet. »

En brevetant la Stevia, Coca-Cola s’est approprié une plante, connue de longue date par les Guaranis, pour ses produits allégés en sucre.

« La stevia est devenu le produit phare du XXIème siècle en raison de ses propriétés sucrantes, mais quasi acaloriques. Les vertus de cette plante sont connues depuis longtemps par les Guarani. Les Guarani ont toujours utilisé cette plante pour sucrer leur boisson. Dernièrement, on a vu arriver sur le marché de nombreux produits à bas de stevia, dont le nouveau Coca-Cola Life. Or les Guarani n’ont jamais permis l’accès à leurs savoirs ni reçu une quelconque forme de partage des bénéfices. »

© Keystone, Florian Kopp

Ces appropriations des savoirs et techniques ancestraux des peuples autochtones ont des conséquences sur leur survie.

« Les peuples autochtones vivent de façon très vertueuse au sein de leur écosystème. Cela passe par leur savoir traditionnel sur l’environnement qui les entoure. C’est important de leur reconnaitre cette capacité qui fait défaut aux sociétés occidentales. Leur façon de vivre limite l’exploitation démesurée des ressources naturelles et l’érosion de la biodiversité. La biopiraterie pose donc un souci éthique. Mais il y a aussi une négation des connaissances traditionnelles et du travail ancestral de ces peuples.

Il y a aussi un problème juridique. Une entreprise qui possède un brevet, possède un monopole sur la propriété d’une plante. Elle peut donc rendre illégale l’utilisation des pratiques traditionnelles des peuples. Et dès qu’il y a brevet et commercialisation d’une plante, le prix de cette plante augmente. Cette inflation rend donc l’accès aux ressources génétiques difficiles pour les peuples autochtones. »

 

C’est donc par une pétition en ligne que France Libertés demande à Coca-Cola d’ouvrir des négociations avec les Guaranis pour un partage équitable des avantages issus des produits à base de Stevia.

Plus de 220 000 personnes ont déjà apporté leur soutien à cette campagne. Pourquoi-pas vous ?

 

Pour aller plus loin :

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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