3:39 - samedi avril 29, 2017

Et si le prochain quinquennat était celui de l’eau ?

Lu 1888 fois Philippe Boury 0 respond
© Coalition Eau

Le 22 mars, c’est la Journée mondiale de l’Eau. C’est l’occasion pour les associations qui se mobilisent autour de l’eau et de l’assainissement de rappeler que cette eau est au cœur des défis du changement climatique, de la réduction des inégalités, et du développement socio-économique, tant en France qu’à l’international.

Le 22 mars, c’est aussi l’occasion pour la Coalition Eau, qui regroupe 30 ONG françaises, d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils intègrent cette problématique de l’eau dans leurs engagements de campagne pour qu’elle soit  au cœur de la prochaine mandature.

Avec Sandra Métayer, coordinatrice de la Coalition Eau.

Avant de parler de cet appel aux politiques, rappelons quelques chiffres… L’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde n’est pas une réalité pour tous.

« Aujourd’hui la question de l’accès à l’eau, qui est reconnu comme un droit humain par les Nations Unies depuis 2010, est un droit qui n’est pas effectif. Il y a 1,8 milliards de personnes qui n’ont pas accès à une eau saine. Ce sont des personnes qui consomment quotidiennement une eau contaminée, avec des conséquences lourdes sur la santé. Un rapport de l’OMS explique que les maladies diarrhéiques, qui sont liées à la consommation d’une eau insalubre et à un assainissement inadéquat, sont la deuxième cause de décès des enfants. Ce sont 1 000 décès d’enfants par jour. Cela impacte la santé, mais aussi l’accès à l’éducation, l’égalité des personnes, l’économie, ou l’environnement. »

En France aussi, cet accès à l’eau pose encore problème. De quelle nature ?

« Il y a deux types de problèmes en France. Il y a les personnes qui sont sans accès physique à l’eau et l’assainissement. Ce sont les sans-domiciles fixes, les gens du voyages, les réfugiés, les migrants, les familles qui habitent dans des habitats insalubres, et qui n’ont pas de point d’accès à l’eau et de toilettes disponibles. Il y a un enjeu particulier en Outremer, où l’accès à ces services essentiels reste un énorme défi. Près de la moitié des personnes ne sont pas raccordées au réseau d’assainissement.

Le deuxième aspect, c’est le million de familles qui dépensent une trop grande partie de leurs ressources financières pour l’accès à l’eau. Le droit humain à l’eau potable et à l’assainissement est effectif si l’accès se fait à un coût abordable. C’est un critère défini par les Nations Unies. En France, on considère qu’il y a une million de ménages qui n’ont pas accès à l’eau dans des conditions abordables. Elles dépensent plus de 3% de leurs ressources financières pour s’acquitter de leur facture d’eau. »

© Coalition Eau

30 ONG françaises, regroupées au sein de la Coalition Eau, profitent donc de cette Journée mondiale de l’Eau pour interpeller les candidats à la présidentielle afin que la question de l’eau soit au cœur du débat public. Dans quel but ? Quel est le défi qui est lancé aux candidats ?

« On attend d’avoir un échange avec les candidats sur la base de nos propositions et de savoir comment ils se positionnent sur les sujets de solidarité internationale et les sujets liés à l’eau. Nous verrons s’ils peuvent s’inspirer de nos propositions pour avoir des programmes ambitieux dans ce domaine. »

Parmi les cinq propositions de la Coalition on retrouve la volonté de faire inscrire dans la loi le droit humain à l’eau et l’assainissement, projet de loi qui a été freiné il y a quelques semaines par le Sénat, mais qui sera à nouveau porté par les associations lors de la nouvelle législature.

Les ONG souhaitent aussi porter des propositions tournées sur l’action de la France via sa politique diplomatique et de solidarité internationale.

« Une des propositions vise à rehausser l’ambition de la politique de développement dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. En 2015, les Nations Unies ont adoptés un cadre de développement commun constitué de 17 objectifs de développement durable à atteindre d’ici 2030. Parmi ces 17 objectifs, l’un est dédié à l’eau. Il vise à assurer l’accès à l’eau et l’assainissement pour tous de façon durable d’ici 2030. Pour atteindre cet objectif, il va falloir tripler les investissements dans le domaine de l’accès à l’eau et à l’assainissement. La France intervient dans ce domaine via son aide publique au développement. Cette aide se fait majoritairement sous la forme de prêts. Sur 500 millions d’euros d’aide publique au développement pour le secteur de l’eau chaque année, 90% sont des prêts. Ce qui oriente les financements vers des pays à revenus intermédiaires qui sont solvables. Cela laisse de coté les pays les moins avancés, qui ont pourtant de forts besoins. On aimerait que la France consacre 100 millions d’euros par an à ce secteur, soit une augmentation de 40 millions d’euros,. Cela permettrait de cibler davantage les populations qui ont le plus de besoins. »

Le lien entre l’eau et le changement climatique est l’un des points que les ONG souhaitent faire porter aux prétendants à la présidence de la République.

« C’est le principal vecteur par lequel on va ressentir les effets du changement climatique, avec les sécheresses, les inondations, la modification des régimes de pluies. Les premières populations touchées sont celles des pays en développement. Notre demande est de s’assurer que la France fasse son maximum pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat, adopté lors de la Cop 21, et qu’elle soutienne la place de l’eau dans les négociations climatiques.  A l’heure actuelle, le sujet de l’eau est absent des négociations. Notre idée est de s’assurer que la France maintienne une présence forte au sein des négociations climatiques. Et que cela permette de mobiliser rapidement des financements pour appuyer l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement. »

© Coalition Eau

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.
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