En voyant l’état désastreux de notre environnement, je me suis dit qu’Albert Camus était un fameux visionnaire quand, en 1947, il y a donc juste soixante-dix ans, dans son « Carnet V », il écrivait déjà :

« À mesure que les œuvres humaines ont fini par recouvrir peu à peu les immenses espaces où le monde sommeillait, à tel point que l’idée même de la nature vierge participe aujourd’hui au mythe de l’Éden, peuplant les déserts, lotissant les plages, et raturant jusqu’au ciel à grands traits d’avions, ne laissant plus intactes que ces régions où justement l’homme ne peut vivre (…)

On peut envisager le jour où la silencieuse création naturelle sera tout entière remplacée par la création humaine, hideuse et fulgurante (…), bruissante d’usines et de trains, définitive enfin et triomphante dans la course de l’histoire, ayant achevé sa tâche sur cette terre qui était peut-être de démontrer que tout ce qu’elle pouvait faire de grandiose et d’ahurissant pendant des milliers d’années ne valait pas le parfum fugitif de la rose sauvage, la vallée d’oliviers, le chien favori. »

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