11:10 - mardi décembre 12, 2017

Montagne d’or : une destruction environnementale, sociale, culturelle

Lu 830 fois Philippe Boury 0 respond
© Naturerights

Un pillage économique, une destruction environnementale, sociale, culturelle et institutionnelle. C’est en ces termes que le Tribunal international des droits de la nature a jugé le méga projet de mine d’or en Guyane, Montagne d’or.

C’est les 7 et 8 novembre à Bonn, en marge de la COP23, que ce Tribunal s’est réuni. Dans sa décision, le juge a recommandé la suspension immédiate du projet Montagne d’or et tiendrait l’Etat français pour responsable s’il venait à l’autoriser.

Ce Tribunal international des droits de la nature est une juridiction citoyenne créée par des ONG, qui s’est donné pour mission de proposer une alternative à la protection environnementale. Avec deux associations guyanaises, Maiouri Nature Guyane et Jeunesse autochtone de Guyane, France Libertés a porté le cas de Montagne d’or devant cette juridiction. Que souhaitiez-vous mettre en lumière ?

« C’est un tribunal citoyen qui s’inscrit dans une autre démarche de droit : les droits de la nature. Pour nous c’était important, dans notre mobilisation contre ce projet, de mettre en avant ces droits de la nature qui sont peu étudiés par le monde politique et la société civile. Ce sont encore des droits en construction. On a pu porter à l’attention des juges les différentes conséquences qu’aurait, selon nous, ce projet sur les écosystèmes et comment cela atteindrait les droits de la nature. »

Les droits de la Terre Mère violés

Le tribunal demande la suspension immédiate du projet. Pour quels motifs ? Quels manquements aux droits de la nature le juge a-t-il pointé ?

« Le tribunal a demandé la suspension car, pour lui, il y a un danger clair et spécifique de violation de ces droits de la nature. Cela viole essentiellement les droits de la Terre mère et particulièrement l’article 2. Cela comprend le droit de la nature à régénérer sa bio-capacité et à maintenir ses équilibres vitaux. Cela inclut aussi le droit à l’eau, le droit à un air pur et le droit d’être exempt de toute pollution. Les juges ont compris les différents enjeux autour de ce projet puisque, de par le gigantisme de ce projet, les conséquences environnementales sur les écosystèmes seraient très importants. Cela viendrait bouleverser ce droit à l’eau, à l’air pur et finalement bouleverser les équilibres. »

Le jugement attire aussi l’attention sur les droits des peuples autochtones.

« Au tribunal, nous avions comme témoin Christophe Pierre, qui est Amérindien Kali’na de Guyane. Il a mis en avant les relations que son peuple, et en général les peuples amérindiens de Guyane, entretiennent avec la nature. Il a pu souligner l’harmonie qu’il y a encore entre ces peuples et la forêt, mais aussi tous les fleuves guyanais et notamment l’Amana. C’est une rivière très importante d’un point de vue spirituel pour ces peuples. Elle serait mise en danger par le projet Montagne d’or. Cela a beaucoup touché les juges de voir cette relation particulière entre peuples autochtones guyanais et nature. Il est clair que le projet pourrait violer leurs droits fondamentaux, et notamment mettre en danger leur subsistance en polluant la forêt et les rivières. »

© Or de question

Le jugement dénonce également le modèle économique du projet, qui exclut, de fait, toute autre activité pour la région.

« Ce point-là est revenu très souvent dans les différents cas qui étaient portés à l’attention du tribunal les 7 et 8 novembre. Toute activité extractive, que ce soit une activité minière, une exploitation pétrolière ou un barrage va perturber les écosystèmes et tout le tissu social qu’il y a dans cette zone. Cela va mettre en péril le tourisme, en défigurant les paysages. Et cela va mettre à mal toutes les pratiques agricoles de par la pollution. Cela vient bouleverser toute l’économie locale. »

La suspension immédiate du projet est demandée par le tribunal qui tient l’Etat français pour responsable des dommages que la mine pourrait provoquer. Qu’est-ce que cela veut dire ?

« C’est un cas préventif. Le projet Montagne d’or, pour le moment, n’est qu’à sa phase d’exploration. Le tribunal a dit clairement que, si le gouvernement venait à donner les autorisations pour exploiter le filon de l’or sur Montagne d’or, alors ce serait l’Etat français qui serait responsable de toutes les conséquences environnementales, sociales, climatiques que cela engendrerait. C’est pour cela que c’était important pour nous de présenter ce cas maintenant, en préventif, pour que cela vienne alimenter les débats qu’il y aujourd’hui autour de ce projet pour le stopper à temps. »

Les associations parties prenantes de ce procès, dont France Libertés, se réjouissent de ce jugement qui reste toutefois symbolique. Quelle portée peut-il malgré tout avoir ?

« C’est effectivement symbolique. Mais c’est déjà très fort pour nous. Cela conforte nos positions et cela vient donner de la visibilité au cas Montagne d’or à l’international. La société civile, les citoyens qui étaient présents sont maintenant conscients de ce projet qui a lieu sur le territoire français. Et cela met en éclairage ces droits de la nature qui sont plus forts car cela nous met dans une autre relation à la nature. On la considère comme un sujet de droit. Le plus gros reste encore à faire. Mais ce sont des éléments positifs qui viennent crédibiliser notre lutte puisque ce sont des experts qui ont tranché via un dossier assez conséquent et via les témoignages entendus pendant la séance. »

Emmanuel Macron doit prendre ses responsabilités

Quelles suites attendez-vous maintenant des différents acteurs du projet et notamment du gouvernement ? Emmanuel Macron s’est encore récemment clairement prononcé en faveur du projet lors de son voyage en Guyane. Qu’attendez-vous du Président de la République ?

« Ce que l’on attend c’est qu’il écoute la population beaucoup plus fortement. En Guyane, le mouvement contre Montagne d’or grandi. A l’international, cela va grandir aussi. Nous avons eu plusieurs ralliements à cette cause via les juges et d’autres membres éminents de la société civile internationale. Il faut avoir en tête que ce projet est complétement climaticide. Il ne permettrait pas à la France de tenir ses engagements climatiques. Monsieur Macron ne cesse de se mettre en avant sur ses positions environnementales et climatiques très fortes. On voit que, sur Montagne d’or, il n’est pas en accord avec ce qu’il dit sur la scène internationale. Il est temps qu’il prenne ses responsabilités et qu’il n’autorise pas ce projet, qu’il l’arrête de suite. Plus globalement, il faut qu’il déclare un moratoire sur l’exploitation minière à grande échelle en Guyane, car cette exploitation ne permettra pas de relever les défis climatiques qui sont à relever le plus rapidement possible. »

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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