Exhumé du fin fond d’une bibliothèque, du XXe siècle et christianisme de Charles Moeller (Casterman) est un essai qui date de 1954 et est une brique de plus de 400 pages en caractères serrés consacrée à sept auteurs : Camus, Gide, Huxley, Simone Weil, Graham Greene, Julien Green et Bernanos.

L’intérêt, pour moi, de lire ce livre jauni par le temps, résida dans le chapitre Albert Camus ou l’honnêteté désespérée qui, à l’époque, était encore de ce monde. L’auteur expliquait : « Si nous devions constater cependant que l’athéisme de Camus n’était pas seulement le fruit de son rationalisme, mais surtout le résultat d’une option contre Dieu, la valeur de son témoignage purement humain en perdrait d’autant. Il faut donc l’interroger soigneusement. » Et c’est ce qu’il fit sur 90 pages !

J’ai beaucoup apprécié que, à l’époque, il y a soixante-cinq ans donc, une certaine mise au point soit déjà faite quant aux relations entre Sartre et Camus : « Comment a-t-on pu embarquer Albert Camus sur la galère de l’existentialisme ? » se demandait Charles Moeller.

Une véritable idolâtrie subsiste au cimetière de Montparnasse à l’égard du couple mythique Sartre-de Beauvoir.

Il est vrai que ledit Sartre dont on connaissait l’antipathie, l’acharnement et la jalousie féroces à l’égard de l’auteur de L’Étranger, relevaient peut-être de, je cite Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe et résistant : « L’expression de l’image de l’intellectuel engagé qu’il s’échina à transmettre, n’est-ce pas une explication de sa non-résistance entre 1941 et 1944 ? », car, comme il a été historiquement démontré, Sartre collabora à une revue contrôlée et pilotée par la Propagandastaffel, organe allemand lors de l’Occupation, tout comme Simone de Beauvoir, sa compagne et muse, à la radio pétainiste de Vichy[1], alors que Camus, lui, s’était engagé dans la Résistance française. Ceci expliqua peut-être cela.

Alors, c’est avec une joie non dissimulée que l’auteur écrivit : « Camus a récusé formellement son appartenance prétendue à l’école de Sartre » et Charles Moeller de clamer : « Sartre ne parvient jamais à nous convaincre : nous avons l’impression que, quelque part, les dés ont été pipés. Rien de tel chez Camus, son humanité est simple et vraie. »

Il cita encore quelques passages d’ouvrages du Prix Nobel 1957 pour appuyer sa démonstration : « Ces quelques lignes situent la problématique contemporaine devant le problème de la souffrance, elles décri-vent la sensibilité de l’homme moderne, « qui refuse jusqu’à la mort, d’ai-mer cette création (Dieu) où les enfants sont torturés »[2]

Bien sûr, Charles Moeller ne tissa pas que des éloges à Camus, mais quand il décrivit sa philosophie comme celle de « l’amour de l’Homme dans la Lumière » et termina son chapitre par « Comment ne pas aimer un homme qui, au cœur de notre monde de vingt-cinquième heure, de nausée, de « mépris de l’homme », a écrit ces autres lignes : « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », on se dit que la lecture de ce genre d’ouvrage ancien n’est pas obsolète. Que du contraire !

Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

[1] Lettres it be, 2017.

[2] Extrait de La Peste.

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