Nombreux sont les Français (comme tant d’autres, d’ailleurs !) qui résident ou visitent les Hautes liégeoises (le point culminant est à près de 700 m) et vont à la rencontre d’un Patrimoine local d’une rare richesse, souvent insoupçonnée.

Ici défilent l’Histoire de gens qui l’ont façonnée au fil des siècles, parfois tourmentés, telle la Bataille des Ardennes, du labeur d’un peuple d’artisans et d’ouvriers que l’on dit « têtu comme un Ardennais », alors qu’il s’agit de courage et de ténacité à la tâche, de légendes séculaires avec ses sorcières, diables, lutins, de défense et protection d’un exceptionnel de forêts, de sources, de  ruisseaux et de faune et flore abondantes.

Réfectoire des Moines à Stavelot : la Tempérance symbolisée par un éléphant qui refuse de manger le fruit que lui présente un amour.
Tanneur au travail exposé au Musée de l’Abbaye de Stavelot.

À ce titre, -RFI visita quatre musées, au-delà de très longues balades dans la Nature pour encore mieux l’appréhender : le très riche – sur le plan des collections – Musée historique de Stavelot (www.abbayedestavelot.be), adjacent au Musée Apollinaire (qui vécut dans la cité et conta fleurette à une Stavelotaine) et à celui du Circuit de Spa-Francorchamps, ainsi qu’aux ruines de l’église abbatiale du XIe siècle, visite, également, de la Maison du Pays de Salm à Vielsalm (www.vielsalm-tourisme.be) et son remarquable parcours-découverte de la géologie, de l’histoire et du folklore proposé dans un décor étrange de galeries, ensuite à Salmchâteau, village où Victor Hugo dessina le vieux Pont Madeleine et les ruines d’un château (aujourd’hui restauré), le Musée du Coticule (www.vielsalm.be  et rubrique ad hoc) et son vibrant hommage au monde ouvrier extrayant de la roche cette pierre à polir unique au monde et, enfin, le très touchant petit Musée de Wanne (www.facebook.com/MuseeDeWanne) plein jusqu’au grenier d’objets de ces Ardennes si laborieuses et attachantes par maints aspects.

Néanmoins, il y eut un fil conducteur à cette quadruple visite : les anciens métiers et ce « petit » peuple qui, dans des conditions de travail démentielles, donna des lettres de noblesse aux mondes ouvrier et à celui de l’artisanat.

À Stavelot, il fut question, entre autres, d’un savoir-faire moyenâgeux nous faisant découvrir l’émaillerie, le sertissage, la dorure…, mais, aussi la sculpture en stuc très symbolique du Réfectoire des Moines représentant quatre valeurs morales (la Prudence, la Tempérance, la Force et la Justice) et le dur métier de tanneur qui a disparu du paysage local, balayé par la « tannerie chimique », comme me le fit remarquer Louis Bronne qui étudia de près cette lente et inéluctable disparition : « Dans l’esprit des tanneurs stavelotains, ne plus avoir  recours au tanin des chênes et à l’eau légèrement acide de l’Amblève, ruisseau passant quasiment au cœur de la cité, éléments naturels aux preuves séculaires, était un crime qui ne pouvait que nuire à la qualité. »

Extracteur de schiste dans les ardoisières (Maison du Pays de Salm à Vielsalm).
Autres travailleurs de l’ombre, taillables et corvéables à merci par les patrons au XIXe siècle (Maison du Pays de Salm à Vielsalm).

À Vielsalm, j’ai suivi Willem la Plume, colporteur et conteur qui était nourri « …de la Mémoire des Hommes, de témoignages de vies réelles ou légendaires, d’Histoire et d’histoires…   » et j’ai relevé ces propos absolument scandaleux à l’encontre d’extracteurs de schiste dans les ardoisières et de travailleurs de l’ombre trimant sous terre de 10 à 11 heures par jour dans le froid, l’humidité, la poussière, d’où des lésions catarrhales et pulmonaires et un âge moyen de vie, pour ne pas dire de survie, de 51 ans, ces propos de la  Commission du Travail (Belgique) en 1866, commission probablement composée de patrons et de nantis : « …l’ouvrier ardoisier de Vielsalm est bien disposé, satisfait de son lot et on trouverait difficilement de la graine d’émeute », alors qu’à Salmchâteau, on apprend qu’il fallait extraire une tonne de roche pour un kilo de coticule ou pierre à aiguiser façonnée à la main et que, je cite une explication disposée près de la reconstitution d’un atelier qui, à l’heure actuelle, serait fermé sur le champ pour insécurité et insalubrité, « malgré un travail éprouvant, il y eut très peu de grèves, alors que les ouvriers avaient les mains en sang, l’apprentissage débutant à 14 ans encore avant 1921 », on ne remerciera, donc, jamais assez toutes celles et tous ceux qui, parfois au prix de leur vie, luttèrent pour que les travailleurs manuels ne soient plus des esclaves taillables et corvéables à merci.

Un banc pour deux travailleurs, une scie, un bout de rocher extrêmement dur à découper… (Musée du Coticule à Salmchâteau).

Et, en regardant de plus près les outils des anciens métiers ruraux exposés au Musée de Wanne, ceci ne peut que confirmer pareil remerciement et l’hommage que leur rendent implicitement les quatre musées cités.

Outils ruraux exposés au Musée de Wanne.

Musées qui devraient être visités par tous les citoyens, dont les écoliers et étudiants, mais, surtout par nos « décideurs » socio-politiques.

 

Tous nos remerciements pour l’accueil, les explications et autorisations de reproduction de documents.

 

Musique : http://www.michaelmathy.be/#music