Tout commence par un assassinat. Un poignard planté dans le corps d’un homme allongé dans une chambre d’hôtel. L’assassin a pour but de voler un document dans le portefeuille de la victime. Il y est question de vente d’armes au gouvernement. La scène se déroule de nuit à Shanghaï.

« Assassiner n’est pas seulement tuer… » écrit l’auteur. C’est le début d’un roman de réputation mondiale, écrit par un homme dont le nom est gravé en lettres d’or dans l’Histoire universelle : La Condition humaine d’André Malraux.

Lire pour la première fois ce chef-d’œuvre dans l’édition de 1946 parue chez Gallimard dont les pages sont jaunies par le temps, fut pour moi une révélation concrète au-delà des informations ponctuelles glanées durant des décennies.

Oui, André Malraux fut un auteur génial. Outre l’écriture léchée, c’est la description des personnages, des lieux, de la vie au quotidien, qui est époustouflante avec, par exemple : « Cachés par ces murs, un demi- million d’hommes : ceux des filatures, ceux qui travaillent seize heures par jour depuis l’enfance, le peuple de l’ulcère, de la sclérose, de la famine. »

Il n’était donc pas trop tard de lire ce texte illustre de plus de 400 pages, qui reste d’actualité sous divers aspects.

Un texte qui se poursuit par les minutieux préparatifs et l’insurrection.

André Malraux (1901-1976), essentiellement  autodidacte, journaliste anticolonialiste et militant antifasciste, écrivit encore :

« L’ordre ! Des foules de squelettes en robes brodées, perdus au fond du temps par assemblées immobiles : en face, les deux cent mille ouvriers des filatures, la foule écrasante des coolies. Il n’y a pas de dignité possible pour un homme qui travaille douze heures par jour sans savoir pour qui il travaille. »

Et pendant que des ouvrières et ouvriers brandissent des bannières réclamant l’arrêt du travail pour les enfants au-dessous de 8  ans  et le droit de s’asseoir pour les ouvrières des filatures, une européenne confie à son amant : « Il n’y a rien de plus prenant chez un homme que l’union de la force et de la faiblesse. Les hommes ont des voyages, les femmes ont des amants. Et ce que les hommes appellent charme et compréhension, c’est la soumission de l’esprit. »

Musique : Michaël Mathy.