Le magazine POUR, dont la devise est « Pour écrire la Liberté », partenaire de Fréquence Terre depuis plusieurs années, a publié – au prix plus que démocratique de 3 euros – un numéro spécial consacré à la prison : « Abolir l’école du crime, c’est croire en l’humain ».

Plutôt que de longs discours, j’en ai extrait quelques passages et vous les livre sans autres commentaires car ils parlent d’eux-mêmes, la parole ayant été donnée à des acteurs de terrains : à trois prisonniers, à des membres du personnel de prisons, d’une directrice à un aumônier, à une membre et avocate de l’Observatoire International des Prisons ou d’un Collectif de luttes anti-carcérales, à un ancien détenu, à un juge honoraire, à un enseignant en prison…

Jean-Claude Garot, rédacteur en chef de POUR et deux chroniqueurs de son équipe expliquent d’emblée : « Qui peut croire que la vengeance, l’humiliation vont rendre des êtres meilleurs ? Les conditions de détention, en elles-mêmes, sont des sources de potentielles récidives. Changeons de modèle ! Investissons dans l’humain plutôt que dans le béton ! Il est urgent de remettre l’humain au centre des débats, par une justice restauratrice et réparatrice. C’est une autre manière de rendre la justice, dans le plus grand respect des victimes, avec le souci d’envisager un futur positif tant pour la victime, que pour l’auteur, et pour la société. »

Voici, à présent, quelques propos des témoins :

• Un détenu : « L’absence d’aide. L’absence d’information. On vous a mis en prison parce que vous avez commis une faute. C’est tout à fait normal. Après, on vous a mis dans une pièce où il y a des murs et où il y a plein de portes sans vous dire quelle porte il faut ouvrir. Certains psychologues et certains directeurs s’amusent même à vous mettre des embûches derrière certaines portes pour vous freiner dans votre avancement vers la réinsertion, qui n’existe de toute façon pas en prison !»

  • L’avocate : « La prison ne va pas toucher tous les auteurs de la même manière. Quand on a des élus qui se servent dans les caisses publiques, je ne vois personne sous mandat d’arrêt dans ce cas-là. Par contre, si vous êtes sans papiers et que vous volez un portefeuille, il y a beaucoup de chances que vous vous retrouviez en prison.»
  • L’enseignant en prison : « Ce sont surtout les inégalités qui créent la criminalité. Ce n’est pas en soi la pauvreté. Ce sont les inégalités qui créent la délinquance.»
  • L’aumônier de prison : « La prison étant une arme de destruction massive, l’idée est donc de faire des unités beaucoup plus petites avec beaucoup plus de relations humaines et de ressources restauratrices, où l’on restaure les liens humains entre les gens.»
  • Réflexion du Collectif de luttes anti-carcérales : « La société qui punit l’un ou l’une de ses membres par l’exclusion rend l’individu coupable des symptômes de son propre dysfonctionnement. Se venger est un choix, guérir les blessures en est un autre.»

La conclusion est tirée par un professeur à une école de criminologie en milieu universitaire : « Observons le sort réservé au personnel politique corrompu, aux capitaines d’entreprises fraudeurs, aux marchands de poisons en tous genres, aux experts en blanchiment d’argent et aux marchands d’armes. La prison ne semble pas faite pour eux, malgré les dégâts considérables qu’ils occasionnent, malgré les humains qu’ils tuent volontairement, mais proprement, à distance respectueuse. Les crimes qu’ils commettent n’ont pas besoin d’une réponse pénitentiaire ? Ce qui compte est que leurs torts soient réparés ? Parfait, au nom de l’égalité, prenons exemple sur leur sort pour le généraliser aux délinquants ‘‘traditionnels’’ ».

Pour : www.pour.press

Musique : Michaël Mathy

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