Francis Hallé botaniste français (Document : magazine Philosophie )

L’originalité du botaniste Francis Hallé, auteur d’Éloge de la plante (Seuil, 1999) ou du Plaidoyer pour l’arbre (Actes Sud, 2005), est de proposer de nouveaux concepts afin de saisir le monde des plantes. Voir le monde avec l’œil de Francis Hallé, c’est reconnaître notre dette envers les arbres.

Nous avons besoin des plantes, et les plantes elles, n’ont pas besoin de nous.

La démarche du botaniste a été de comparer l’animal et la plante afin de forger des catégories spécifiques. Il nous explique que la tendance à privilégier l’animal par rapport au végétal remonte à Aristote et à l’autorité  que ses travaux ont exercée durant des siècles. Aujourd’hui, si un enfant maltraite un animal, il est réprimandé mais s’il casse une branche, il y a de grandes chances, que personne ne lui dise rien. Par contre, la mort de grands mammifères émeut bien plus que la déforestation de milliers d’hectares de forêt qui disparaissent dans un climat d’indifférence.

De plus nous avons un vocabulaire qui disqualifie aussi le végétal.  En effet dire à quelqu’un qu’il est un « légume » vous ne le mettez pas sur un piedestal. Il est un fait que nous sommes assez démunis pour décrire spécifiquement le monde végétal ; on parle pour l’arbre de son tronc, de sa « tête », de son « pied », de ses « veines », de « cicatrisation », etc.

Francis Hallé définit le concept de l’intelligence des plantes comme suit : « Quel qu’il soit, un être vivant est intelligent s’il est capable de résoudre les problèmes qu’il rencontre, particulièrement ceux qui ont trait à sa survie et à son bien-être ; cette aptitude repose sur deux fondements ; savoir apprendre et savoir garder en mémoire ce qui a été appris pour pouvoir l’utiliser par la suite ; l’intelligence s’exprime surtout dans des conditions difficiles, par exemple le milieu naturel. »

Prenons l’exemple de la passiflore, c’est une liane qui a besoin d’un support pour pousser, si vous placez un bambou inerte à quelque distante de la plante celle-ci va envoyer une vrille vers le bambou afin de s’enrouler autour de lui. Si vous déplacez le bambou de cinq centimètres juste avant que la vrille ne l’accroche et que vous répétez l’expérience, la passiflore envoie alors une nouvelle vrille cinq centimètres à droite du bambou ce qui montre que la passiflore est capable d’anticipation.

À savoir, aussi, qu’à partir d’une seule plante vous pouvez faire des milliers de plantes ;  les organes de l’arbre ne cessent de se multiplier et de grandir tout au long de sa vie.

Le généticien Axel Khan faisait remarquer à ce sujet : « Vous voulez savoir pourquoi le riz a deux fois plus de gènes que vous ? Essayez de passer deux mois les pieds dans l’eau à vous nourrir de gaz carbonique, d’eau froide et de la pâle lumière hivernale ! ».

Bien évidemment, il  faut une organisation du vivant très élaborée pour relever de tels défis, or petit rappel… la plante n’a que trois organes : la racine, la tige, la feuille et, miracle, aucun n’est vital.

Malgré le fait que la conscience écologique progresse, les magnifiques forêts primaires sont détruites à une telle vitesse que d’ici à 2030, elles  auront toutes disparu. Même s’il faut plus de 500 ans pour créer une forêt primaire, le botaniste Francis Hallé a créé avec des amis une association pour proposer de recréer une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Gageons que la puissance de vie du végétal réalisera des miracles.

Source : Mensuel  n°132 septembre 2019 PHILOSOPHIE  magazine (pages 72-77)

 

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