Pierre Guelff, chroniqueur Fréquence Terre, joggeur “protégé” et “protecteur”.
Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef du magazine Zatopek, chroniqueur à France 5 (Photo Magazine Zatopek).

Gilles Goetghebuer, diplômé en éducation physique, est rédacteur en chef du célèbre magazine Zatopek, chroniqueur au Magazine de la Santé de France 5, à Sport et Vie, et vient de publier une importante mise au point au moment ou coureurs à pied et joggeurs sont la proie d’insultes, de fake news, comme sous le titre « Les joggeurs envahissent les rues de Paris » avec une photo d’un peloton vu de dos des… 20 km ou autre marathon ! De dos, pour ne pas voir les dossards, bien entendu.

Si, pour ma part, j’ai été insulté via les réseaux sociaux pour avoir publié un avis de médecins sportifs affirmant qu’il y avait compatibilité entre confinement et pratique physique modérée et régulière et en prenant les dispositions de protection ad hoc et que j’ai aussi été vilipendé pour avoir demandé le passage à deux cyclotouristes qui venaient vers moi et occupaient de front un chemin tout en papotant à l’aise, force est de reconnaître que la plupart des coureurs et des joggeurs respectent les consignes et font preuve de savoir-courir ou savoir-jogger qui est généralement de mise, sauf exceptions, bien entendu.

Cependant, le message de notre confrère vise à démontrer que la réaction de rejet dont sont victimes les coureurs à pied est à la fois bête, injuste et contre-productive et il s’écrie : « Lâchez-nous les baskets ! »

En voici de larges extraits : « Alors, ça y est! Les coureurs à pied sont devenus les nouveaux délinquants de la santé. On les accuse de propager l’épidémie. D’où les visages courroucés des passants. Cette épidémie est difficile pour tout le monde. Surtout pour ceux qui ont perdu un proche. En situation de crise, on est triste et tendu, c’est normal. En revanche, on peut ne pas ajouter de la haine à la douleur. Certains le comprennent et l’on a vu fleurir un tas d’initiatives solidaires. »

En revanche, il existe une ligne de front, selon lui : « Elle a souvent été révélée par la question du sport en extérieur. Est-il légitime de vouloir en faire? Se met-on en danger en s’adonnant à sa pratique? Met-on en danger ceux qui nous entourent? Sur les risques proprement dit, disons qu’ils sont à ce point faibles qu’en restreignant les pratiques en leur nom, on peut tout aussi bien interdire aux gens d’emprunter encore les trottoirs parce qu’il arrive parfois qu’un pot de fleurs tombe d’un balcon. Rappelons que la majorité de ceux qui développent la maladie savent exactement dans quelles circonstances ils ont été contaminés. À notre connaissance, personne n’a jamais invoqué la course à pied. Rappelons aussi que la maladie se transmet par des postillons. Or, l’immense majorité des coureurs se comportent de façon citoyenne en respectant les trois ou quatre mètres d’éloignement et en évitant de cracher ou de se moucher dans ses doigts à proximité d’autres personnes. Okay, il peut y avoir des exceptions. Qu’on leur réserve alors les accusations d’incivisme et qu’on laisse les autres s’époumoner tranquille. Quant à la thèse d’une possible transmission par aérosol, c’est-à-dire par le biais de gouttelettes très légères qui resteraient dans l’air longtemps après le passage de la personne, rappelons pour terminer qu’elle est hypothétique et ne vaut, de toutes façons, qu’à l’intérieur des établissements. À l’extérieur, elle est vraiment très peu vraisemblable. »

Les vraies causes de rejet

Ensuite, vient une analyse, disons, plus psychologique : « Dans toutes les épidémies de l’histoire, on remarque les mêmes phénomènes, notamment ce besoin de trouver un bouc émissaire: les Juifs, les Espagnols, les Haïtiens ou les sorcières au Moyen Âge qu’on surnommait les « semeuses de peste ». Il semblerait que ce soit le tour des coureurs. Qui l’eût cru? Reste à espérer qu’on ne leur réserve pas les mêmes sorts qu’aux précités. Mais lorsqu’on découvre la virulence de certains propos sur internet, on se dit qu’il ne faudrait pas grand-chose pour rallumer la mèche. Celle des bûchers, bien entendu! Face aux attaques, on serait en droit d’attendre des autorités qu’elles calment le jeu. Problème! Depuis quelques semaines, le discours officiel est confisqué par des « spécialistes » de santé qui n’envisagent la situation qu’à travers le prisme de leur discipline. Bien sûr, il y aurait moins de contagion si tout le monde restait chez soi, 24 heures sur 24. Il y aurait aussi moins de crimes et moins d’accidents. En contrepartie, cela se solderait par une augmentation en flèche des violences et des dépressions. Mais comme ces spécialisations ne sont pas celles de ceux qui édictent ces nouvelles règles, ces écueils passent au bleu!

Moralité

La conclusion de notre confrère est très réaliste et pleine de bon sens : « Dans l’hostilité qui se manifeste à l’égard des coureurs à pied (cela vaut aussi pour les cyclistes et les promeneurs), on ne peut pas s’empêcher de distinguer un fond de colère et de frustration de la part de tous ceux chez qui le contexte exceptionnel de pandémie réveille des inclinaisons autoritaires. Or la course à pied a toujours été une rebelle. Au fil du temps, elle s’est successivement opposée au mouvement sportif conventionnel, au discours hygiéniste des médecins qui la disaient trop dangereuse, aux préjugés sexistes, aux carcans de la bienséance. Cette fois, les coureurs démontrent leur attachement aux libertés. Or il se trouve que cet attachement ne contrevient pas aux règles de prudence. Au contraire! On peut tout à fait courir tout en respectant les distances de sécurité. On peut même se sourire et s’adresser des signes complices. De toute évidence, cette convivialité constitue un bien meilleur gage de protection sociétale que l’autre attitude qui consiste à se ronger les sangs et, par la fenêtre, à jeter aux coureurs des regards pleins de haine. Respectons les règles. Gardons nos distances. Mais continuons à nous entraîner ! »

Musique : Robot de Michaël Mathy.