Nous montrer tels que nous sommes, est le secret d’une relation épanouissante et enrichissante. Mais alors pourquoi déployons-nous tellement d’efforts pour dissimuler notre vulnérabilité ?

Quand on ne se sent pas à la hauteur, on adopte généralement une stratégie plus ou moins efficace, on ne fait rien, on ne dit rien. Dans ce cas pas de risque de se ridiculiser ni de faire baisser plus bas le thermomètre de notre égo ; c’est ce que l’on appelle la politique de l’escargot. Mais en évitant systématiquement les situations inconfortables, nous perdons aussi toute possibilité de libérer les compétences et la créativité qui sommeillent en nous.

Et c’est bien notre vulnérabilité qui est le berceau de l’innovation, de la créativité et du changement. D’ailleurs le monde regorge d’exemples ou certains individus malgré des infériorités apparentes ont dépassé et développé des talents remarquables.

Une autre stratégie est de regarder ses faillites et de les prendre comme tremplins et explorer sa précieuse vulnérabilité.  En effet, un « ratage » permet de se retrouver face à soi-même et de mieux comprendre qui l’on est. Ainsi, agir  malgré ses difficultés personnelles, c’est créer des façons originales de faire et de penser.

Mais malheureusement, nous sommes parfois aimantés par la peur du rejet, de l’exclusion et nous déployons alors beaucoup trop d’énergie à nous conformer à des critères sociaux et à agir en fonction. Car le rejet social est l’un des plus grands traumatismes qu’un individu puisse connaître. Et le besoin d’être aimé nous pousse même parfois à faire du zèle. Et cette capacité ou non à satisfaire les conditions du groupe nous met en insécurité et nous pousse dans la véritable zone noire de notre vulnérabilité, c’est-à-dire la honte, la crainte d’être indigne.

Et le comble, c’est que ce ne sont pas les autres qui nous paralysent mais c’est plutôt l’idée que nous nous faisons de l’idée qu’ils se font de nous. Bien que la honte est un ingrédient indispensable à la vie sociale (à savoir qu’un psychopathe est incapable de ressentir de la honte), à partir d’un certain seuil la honte devient un poison qui empêche d’agir et de penser librement et cette honte va même jusqu’à bloquer tous nos processus de résilience.

Et puis, plus embêtant encore, il y a la honte que l’on ressent vis-à-vis de soi-même. Nous sommes dans une société qui glorifie l’estime de soi comme une condition du bien-être et chacun doit constamment prouver sa valeur pour trouver sa place. Et du coup notre estime dépend du regard des autres et cette tendance est fortement accentuée aujourd’hui par les réseaux sociaux. L’omnipotence de l’image risque de nous conduire à un narcissisme malheureux. Or l’estime de soi n’est pas l’admiration béate de soi mais bien l’acceptation de soi tel que nous sommes.

Alors comment savoir si on est bien avec soi-même ? Le meilleur indice, paradoxalement, c’est l’oubli de soi. Je m’explique :  si je passe une soirée avec des inconnus sans me demander toutes les deux minutes si j’avais l’air intelligent ou si mes cheveux étaient en place, alors c’est gagné.

Mais revenons au pouvoir de la sincérité ; faire vœu de sincérité n’est pas si facile, nous maquillons tous régulièrement nos défaillances. En réalité, notre peur des autres se nourrit quotidiennement de nos mensonges. Pourtant, le fait de dissimuler la vérité nous apporte plus d’inconfort que de bien-être. A force de vouloir plaire à tout le monde, nous emmagasinons des non-dits et des faux « oui » qui injectent du venin dans nos émotions.

Une bonne relation basée sur la bienveillance demande clarté et réciprocité. Du coup formuler ce qui ne va pas permet de désarmer beaucoup de situations. Car l’éventail de nos peurs et de nos besoins n’est pas si large que ça et donc facilement compréhensible par autrui. Par exemple, avouer à untel je suis nulle en anglais permet à l’autre d’avouer qu’il n’est pas à l’aise en informatique.

Et puis, reconnaître sa vulnérabilité enclenche bien souvent la bienveillance en créant un climat de connivence et de confiance. C’est ce processus aussi qui explique le pouvoir quasi magique de l’autodérision dans la vie de tous les jours.

S’accepter c’est aussi accepter les émotions négatives et positives qui nous traversent. La vulnérabilité est essentielle à la vie parce qu’elle est la vie même et le reflet de notre monde.  Quand je pense et ressens « je mérite d’être aimé tel que je suis », j’ouvre la porte à une vraie relation aux autres.

 

Source : article  de Paloma De Boismorel « Les pouvoirs de la sincérité » magazine Gaël mars 2018.

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