30 juillet 2021
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Fraternité et positivité toxique, nouveau concept psy

Ce vendredi 4 décembre 2020, vers 21 heures, sur France 5, Michel Jonasz déclara à Claire Chazal dans son émission « Passage des Arts » : « Dans notre société actuelle, la fraternité est ce qui nous permettra de survivre. » (Photo-ci-contre)

En 1935, Ray Ventura chantait « Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien… », alors que James, employé au service de l’aristocrate, annonçait que le marquis, son mari, s’était pendu, que le château et les écuries avaient totalement brûlé entraînant la mort de la jument préférée de la dame…

Ce n’était qu’une chanson qui avait pour message : « Quels que soient les problèmes, il faut rester optimiste », disait-on.

Aujourd’hui, c’est « Je regarde le monde autour de moi et je ne peux m’empêcher de sourire et de ressentir de la joie », l’une des cent phrases proposées par un site de pensée positive qui, de la sorte, a pour but de, je cite encore, « transformer votre vie, purifier vos pensées et restructurer votre comportement. »

Il y aussi les adeptes du « Vivez le moment présent » qui, selon le philosophe Alexandre Jollien, est un leurre car le temps d’y penser et c’est déjà du passé, bref, surtout ne croyez pas que je sois un adversaire de la recherche de la plénitude par la méditation, la relaxation et autres techniques de bien-être, mais, il y a quand même lieu de faire la part des choses.

Effectivement, il ne faut pas que cela débouche sur un comportement où l’empathie et la compassion soient éradiqués au profit de la positivité toxique.

Vous savez, celle qui fait dire à des gens : « Cela pourrait être pire », « C’est comme ça », « Il faut faire avec », « Regardez du bon côté », « Vous êtes trop agressif », alors qu’il est question de réclamer davantage de solidarité et de fraternité dans la Société, surtout en ce moment de pandémie où foisonnent les théories du complot, parfois menées par des médecins en mal de notoriété, je suppose.

Alors, cette positivité toxique qui nie ou déplace sciemment toute réalité jugée « négative », endort les consciences, pousse à ne pas s’engager, ni à se mouiller, ni à monter au créneau, face à des actions injustes, dangereuses, pathogènes, iniques, cette positivité toxique s’érige même en mode de pensée, donc de vie, au nom du « oui, mais… » et du « surtout, pas de vague… ».

Que n’entend-on pas : « L’attentat à Charlie Hebdo fut horrible, oui mais… » sous-entendu : « Ils l’ont bien cherché ! » ?

« Pas de vague… », fut la réaction donnée par des collègues qui se désolidarisaient du professeur Samuel Paty, professeur d’histoire à Conflans-Sainte-Honorine, alors qu’il leur annonçait être menacé pour avoir abordé le thème de la liberté d’expression et qui, finalement, fut égorgé et décapité.

Connaissez-vous le gougnafier ? C’est celui ou celle qui se dit être en conformité avec sa conscience et qui ne veut pas savoir que vous existez avec vos convictions, vos joies et peines, vos projets et vos craintes, dont celle de mourir de la Covid-19.

C’est l’adepte invétéré du « J’ai raison » et, forcément, il n’écoute même pas vos arguments, ou, alors d’une oreille distraite.

Ce nouveau concept en psychologie de la positivité toxique se définit comme la tendance à se présenter comme étant heureux quoi qu’il arrive, selon des professionnels de la Santé mentale (IDRlabs).

Ils expliquent que les personnes qui en relèvent sont « déconnectées de tout ce qui pourrait être considéré comme négatif et, par extension, elles sont enclines à encourager les autres à toujours voir le bon côté des choses et à ne pas s’ouvrir sur les questions tristes, difficiles » ou qui dérangent.

En somme, les gens qui balaient d’un revers de la main les mesures sanitaires actuelles, minimisent ou nient les drames dus à la Covid-19, relèvent de la non-assistance à personnes en danger et d’un manque profond d’empathie à l’égard de ceux qui souffrent ou du corps médical et de santé mentale qui luttent depuis près d’un an.

Ils n’ont même pas l’idée de réclamer aux autorités compétentes des comptes sur la gestion pré-pandémique désastreuse de la Santé publique, à ceux qui sabrèrent dans les budgets au nom de la rationalisation capitaliste et au profit du compte en banque des actionnaires.

Mais, si à leurs yeux, clamer cela, c’est être radical et agressif, tentons quand même, malgré la difficulté de la tâche, non pas de les convaincre que l’humanisme est plus noble que leurs théories et comportements égoïstes, mais, au moins qu’ils respectent l’élémentaire droit à la vie des autres citoyens.

 

Photos : prises écran IDRlabs et France 5.

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