30 juillet 2021
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Reportage Fréquence Terre : Un médecin urgentiste met les choses au point

Généralement réservée, pas du tout encline à être médiatisée, Louise Delhaye, 62 ans et expérimentée, est médecin urgentiste dans un hôpital public de la Capitale de Bruxelles (à Ixelles).

En cette fin d’année, à l’heure où une troisième vague du COVID-19 n’est pas exclue, elle sort du bois, plutôt du service des soins urgents où elle travaille.

D’ordinaire, elle y soigne les accidentés de la route, du travail, du sport et de la vie quotidienne : de la jambe cassée à l’infarctus, du doigt coupé à l’AVC, de la rougeole foudroyante à l’empoisonnement alimentaire… Aujourd’hui, le COVID-19 prend la majeure partie de son temps et tout autant celui de ses collègues, d’ailleurs.

Des mois et des mois à lutter contre les effets dévastateurs du virus et tenter de secourir les urgences, disons traditionnelles, et puis, en plus, ce mal insidieux qui se répand dans la population comme un gaz rampant mortel : le covidscepticisme et son allié, l’anti-vaccination.

« Trop c’est trop », dit-on communément en Belgique et ce ne sont pas les centaines de milliers de Français qui y habitent et travaillent qui me contrediront.

Dr Louise Delhaye, médecin urgentiste (Photo D.R.)

Alors, le médecin urgentiste prend la parole :

« Depuis mars 2020, je côtoie de nombreux patients atteints du COVID. Je les accueille, je les soigne et je leur tiens la main lorsqu’ils meurent seuls.

Eh oui, aujourd’hui, avec mon mari, avec ma famille, avec mes amis, je partage ma tristesse, mes émotions mais aussi ma colère face à des personnages qui nient la pandémie et le vaccin. J’ai presque envie de dire qu’ils ne devraient pas être soignés s’ils sont contaminés, car la connerie et la méchanceté basse dont ils font preuve sont intolérables.

En revanche, je réitère mon respect et ma douleur face aux familles endeuillées qui n’ont même pas pu dire au revoir à leur parent.

Le vaccin est, à ce jour, la seule solution que l’on peut offrir à la population pour endiguer cette pandémie.

C’est vrai que débuter une nouvelle vaccination comme celle-là, ce n’est pas anodin. Je peux comprendre que cela fasse stresser une partie de la population, mais avoir le COVID et être intubé six semaines, ça n’est pas non plus anodin.

Mon mari et moi avons été contaminés. Nous sommes tous les deux avec un haut taux d’anticorps, mais si les médecins infectiologues me demandent de me faire vacciner pour le bien de mes patients, je le ferai.

Chacun peut et a le droit de vivre, de se soigner, d’accepter ou pas un traitement et également de décider de mourir. C’est une liberté individuelle que jamais je ne contesterai, mais les propagateurs de propos complotistes, ça, je ne peux pas admettre. »

 

Voici qui corrobore ce que dernièrement nous chroniquions sur Fréquence Terre : « Si d’aucuns revendiquent la liberté de ne pas appliquer les gestes barrières (masque, distance…) ont-ils pour autant la liberté de mettre en péril la vie des personnes fragiles et âgées ? L’humanisme et la solidarité sont des corollaires de la liberté. De plus, les initiateurs et propagateurs de la théorie du complot ont-ils le courage de signer une déclaration officiellement enregistrée (à la mairie avec copies à leurs famille et médecin traitant) et de porter sur eux un document ad hoc stipulant leur refus de soins en cas de contamination ? »

Poser ces deux questions est y répondre, dit-on aussi communément.

Photo extraite de l’essai « Le temps des comploteurs » de Pierre Guelff, Éditions Jourdan, 20201.

 

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