31 juillet 2021
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Lettre aux humains qui robotisent le monde (en partenariat avec POUR)

Dans une précédente chronique, j’ai dit tout le bien que je pensais du livre de Celia Izoard « Merci de changer de métier » paru aux Éditions Z.

C’est un fameux plaidoyer contre les véhicules autonomes, ceux qui rouleront tout seuls le long des rues, routes et autoroutes bordées de millions et de millions de composants électroniques et autres où la 5G régnera du haut de toutes ses nuisances pour capter les données de ces engins bardés d’une haute technologie.

Une phrase résume bien ce combat : les chercheurs qui ont conçu ces systèmes pensent-ils aujourd’hui que leurs prétendus « résultants probants » en la matière, sont le meilleur usage qu’ils peuvent faire de leur intelligence ? La liberté qu’ils défendent pour eux-mêmes, plaisir de la bidouille créative et du savoir-faire technique, ce travail ne consiste-t-il pas souvent, à très grande échelle, à en priver les autres ? L’automatisation a pour caractérise de « capter » le savoir-faire technique, souvent artisanal, pour le « routiniser » et l’enfermer dans un système que l’opérateur n’a plus qu’à suivre, c’est un transfert de prérogative technique des humains à la machine.

L’auteure s’est donc adressée à des ingénieurs qui s’ingénient, c’est le cas de le dire, à produire ces engins autonomes « parce que c’est de nos vies à tous qu’il s’agit ».

Bien sûr, la traiter de rétrograde est aisé, mais Celia Izoard se veut avant tout défendre la qualité des relations sociales et celle de notre environnement.

« Depuis dix ans, dit-elle, on connaît le coût environnemental ahurissant de l’extraction des terres rares, et pourtant, à ce jour, le néodyme, le lanthane, l’yttrium, le cérium, etc., que contiennent les véhicules ne sont toujours pas recyclés. On pourrait imaginer un chambardement vers un monde plus écologique où la voiture particulière serait rare, les transports en commun la norme, et où les professionnels de la conduite joueraient un rôle crucial. »

Et, quand elle s’adresse aux ingénieurs, mais aussi aux banquiers, technocrates, élus, conseils d’administration qui concourent à déshumaniser le monde par leurs décisions quotidiennes, elle assène : « Vous ne travaillez pas pour la Société, vous travaillez pour les sociétés » et autre constat : « La capacité d’un chercheur à penser l’impact des technologies sur la vie des gens est proportionnelle aux distances sociales qui les séparent. »

Bien évidemment, on parle, ici, de la haute technologie qui relève davantage d’une course effrénée au consumérisme et non des progrès qui aident la médecine, par exemple.

 

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