17 juin 2021
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« Ne plus s’indigner dans son canapé, mais agir contre un système mortifère »

En mars 1986 Danielle Mitterrand se lançait dans un combat : celui pour un monde plus solidaire. Soucieuse de changer de monde, elle le voulait plus juste et respectueux du vivant.

35 ans après, c’est à une métamorphose radicale que nous invite la Fondation, qui se réinvente.

Pour concrétiser cette utopie, vous vous êtes fixés de nouveaux objectifs et des modes d’actions renouvelés. Le vivant, la citoyenneté, restent toujours présents, mais d’une autre manière.

« On travaillait beaucoup sur la question du droit à l’eau. On va continuer sur les lois mais cela va être beaucoup moins important. On est en train de se concentrer sur les questions du lien entre le droit à l’eau et le droit de l’eau. Il y a des initiatives territoriales où l’on essaie de repenser notre rapport à l’eau, pour que l’élément eau, et tout ce qui le constitue – une rivière, des fleuves – puissent avoir des droits et participer à la vie du territoire. On voit foisonner par exemple des parlements, de la Loire, de la Seine, du Rhône. On va essayer de dialoguer avec les autres espèces vivantes, pour les prendre en compte. Et cela va aussi agir sur le changement climatique, sur l’effondrement de la biodiversité, puisque l’on va repenser notre façon d’envisager le monde. C’est le champ d’un autre rapport aux vivants. C’est notre programme Vivant et communs. »

Votre second programme s’intitule Alternatives démocratiques et communs.

« Là, on va s’intéresser aux droits humains en allant plus loin, en se posant la question de, comment faire société sans remettre des rapports de domination. Avec l’État-nation, vous déléguez votre pouvoir à l’Etat une fois tous les 5 ans. Et finalement votre pouvoir vous est ôté. Vous pouvez avoir l’Etat qui rajoute de la domination sur les êtres. Donc, on regarde comment on peut s’extirper de ces modèles qui entraînent la domination des puissants. On s’intéresse beaucoup notamment aux mouvements des communs, au communalisme, à l’autogestion, à ce qui se passe dans les Zad, à ce qui se passe au nord-est de la Syrie. Cela va nous permettre de repenser et d’agir tous ensemble sans rapport de domination. Et il y a aussi la question de l’égalité homme-femme. Ce sont deux grandes entrées. Mais on travaille toujours sur la question de l’eau et des peuples autochtones ou sur le Kurdistan, mais par ces deux entrées. »

Rompre avec un système mortifère

2021 n’est pas qu’une année de célébration. C’est aussi la poursuite des actions et le démarrage de nouvelles campagnes. Quels sont les grands rendez-vous de l’année qui vient ?

« On a beaucoup d’événements. Sur la fin de l’année on a deux temps. Un premier qui est ouvert à la société civile : les rencontres “Sans transition, donnons vie aux utopies”. On va essayer de réunir 250 personnes issues de la société civile, des artistes, des universitaires, des représentants du mouvement associatif, des politiques, pour s’interroger sur la situation d’aujourd’hui. Quand on regarde notre système actuel, les accords de Paris, s’ils sont suivis, on arrive à 3,2 degrés de réchauffement climatique à la fin du siècle. Cela nous amène dans une impasse. Aujourd’hui notre système, tel qu’il est, nous amène dans une impasse. L’idée de transition écologique telle qu’elle est pensée par les gouvernants et la plupart de nos structures nous amène dans une impasse. Donc, plutôt que de rester dans un constat et dans la dénonciation, on va essayer de réfléchir ensemble à comment on peut opérer une rupture historique avec ce système mortifère. L’agriculture intensive détruit des sols, elle détruit la vie. L’extractivisme, l’industrie pétrolière, c’est la même chose. Nous aurons deux jours de rencontres pour discuter de cela, pour avoir des temps de réflexion sur la métamorphose. Comment on peut entrer en métamorphose et essayer d’envisager d’autres pratiques, d’autres imaginaires? Ce sera notre gros événement à Paris. Les dates ne sont pas encore fixées. »

Résister aux injustices

« Le deuxième événement sera une cérémonie hommage à Danielle Mitterrand, le 27 novembre à Cluny. Lors de cette cérémonie, on va donner la parole à celles et ceux que Danielle a soutenue et à ceux qui nous ont soutenus. Ce ne sera pas qu’un hommage. Il y a la volonté de rappeler ces valeurs fondamentales qu’avait Danielle Mitterrand, celle de la Résistance. Elle a été résistante et elle a résisté toute sa vie aux injustices. Là, il faut résister. On ne peut plus juste s’indigner dans notre canapé. Il faut s’engager. Pour les deux événements, il y aura deux livres. Un premier sur le fond et sur les nouveaux positionnement de la Fondation. Le deuxième livre est un livre hommage à Danielle Mitterrand qui recueillera des témoignages de personnalités qui ont connu Danielle, pour remettre les actions transformatrices de Danielle Mitterrand au centre. Elle a été avant tout une militante et une figure de l’altermondialisme. »

© Fondation Danielle Mitterrand

Un prix Danielle Mitterrand de la transformation

Un rendez-vous incontournable comme chaque année, c’est le prix Danielle Mitterrand. Le prix 2021 aura une saveur particulière ?

« Ce prix sera remis lors de ces deux jours de rencontres. Comme ce sont aussi  les 35 ans de la Fondation et les 10 ans de disparition de Danielle Mitterrand, on va essayer de donner une dimension à la fois historique et qui nous prolonge vers l’avenir. Ce prix sera donné à un collectif qui ne porte pas seulement une initiative, mais vraiment un collectif qui aura eu dans son histoire et dans son appréhension du monde, une symbolique très forte sur cette question de cette résistance et de transformation. La cérémonie en elle-même sera un peu plus importante que d’habitude. Elle aura une dimension festive plus importante que d’autres fois. Vu ce qu’on vit actuellement, il est important de célébrer, de prendre des temps ensemble pour être joyeux, et se rappeler le bonheur d’échanger les uns avec les autres. »

La Fondation France Libertés-Danielle Mitterrand est redevenue cette année la Fondation Danielle Mitterrand. Pourquoi ce choix ? En quoi c’est important et qu’est-ce que cela change ?

« Danielle Mitterrand a créé sa structure en la nommant France Libertés. Elle ne voulait pas qu’elle ne porte que son nom. On est très attachés à ce nom de France Libertés. Mais on a voulu remettre la personnalité de Danielle Mitterrand au centre, parce qu’il nous semble fondamental que ses valeurs soient plus reconnues et puissent nous guider. On a besoin d’éclaireurs. On va remettre Danielle Mitterrand au centre. Et la notion de fondation est importante. France Libertés pouvait faire penser à une ONG. Nous sommes une fondation politique, au sens noble du terme, pas liée à un parti. Nous sommes une fondation qui a pour objectif de travailler sur les idées, d’agiter les idées et de soutenir celles et ceux qui transforment notre société ici et ailleurs. Dans notre logo, qui est un petit peu retravaillé, France Libertés apparaît toujours, parce que c’est notre histoire. »

© Fondation Danielle Mitterrand

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