18 juin 2021
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Témoignage de Jane Fonda : faire capituler l’industrie fossile (2/4)  

La première chronique consacrée à Que faire ? de Jane Fonda (Albin Michel) expliqua la stratégie inspirée par Greta Thunberg à organiser quatorze « Vendredis Alerte Incendie » à Washington et donner la parole à maints experts, scientifiques et militants pour le climat et la démocratie.

Une Greta pleine d’espoir quand Jane Fonda lut le discours de celle-ci lors de l’attribution du Prix de la Femme de l’année en 2019 par le magazine Glamour : « Si une ado suédoise, fan de sciences, qui n’achète plus de vêtements et ne prend pas l’avion, qui ne s’est jamais maquillée et n’est jamais allée chez le coiffeur, peut être élue Femme de l’année par l’un des plus grands magazines de mode, je me dis que rien n’est impossible. »

Néanmoins, pour ce faire, la conscientisation se poursuivit au fil des vendredis, où il fut question du « Pacte Vert » traitant des enjeux environnementaux et climatiques : limitation à 1,5° l’augmentation de la température terrestre, réduction de 40 à 60% des émissions de CO₂, meilleure qualité et protection de l’eau, qui est un bien public relevant de l’intérêt général et qu’il y a lieu de réclamer à sa commune d’adhérer au label « Communauté bleue » qui privilégie les citoyens et non les actionnaires de multinationales de l’eau, également de favoriser la performance énergétique des bâtiments, régler le problème des décharges toxiques, faire la promotion de l’agriculture familiale, s’occuper du sort des peuples autochtones, des minorités, des travailleurs pauvres et ruraux, des communautés vulnérables, du monde ouvrier…

À chaque vendredi, Jane Fonda, parfois arrêtée et mise au cachot, prit la parole : « Je souhaite que les gens voient la crise climatique comme une chance de créer un monde de nouvelles possibilités pour plus de justice, de prospérité et de santé. »

©Greenpeace/Tim Aubry

Un « Vendredi Alerte Incendie » fut spécifiquement dévolu aux océans et il y fut dénoncé avec vigueur les terrifiants méfaits de la pêche industrielle.

On y rappela aussi que « le vrai pouvoir citoyen est de s’unir et de faire savoir la moindre petite victoire, car cela incitera d’autres gens à s’engager et à informer sur la réalité scientifique ».

À savoir, exemple concret parmi des centaines, que 100% des tortues mortes échouées en Floride avaient l’estomac gavé de plastiques : « N’oublions pas que nos activités terrestres ont un impact sur la mer ! », clama-t-elle.

Pilier de l’industrie fossile et grand moteur du changement climatique, le plastique issu du pétrole génère des toxines de son extraction du sol à nos cuisines et salles de bain jusqu’à son élimination. Les quatre principaux pollueurs sont Coca-Cola, Nestlé, Pepsi et Unilever : 90% du plastique fabriqué a été jeté dans la nature ou à la décharge, brûlé ou enfoui.

Privilégions, donc, les gourdes en inox ou en verre, évitons les emballages inutiles, utilisons les sacs réutilisables, achetons en vrac et des produits frais non emballés, et interpellons, encore et encore, les élus pour faire capituler l’industrie fossile.

Le thème des femmes et du changement climatique fut aussi abordé, en spécifiant qu’il s’agit d’une crise collective : « Il faut mettre de côté nos différences et nous unir autour de besoins communs. »

Ainsi, quand on se bat pour l’égalité sociale, pour le droit à disposer de son corps, pour la justice climatique, pour le droit des migrants, c’est une seule et même histoire et, d’ailleurs, les femmes semblent plus enclines à trouver des solutions rationnelles contre la pollution.

Ainsi, en Inde, pour faire chauffer la marmite, elles utilisent des moyens bricolés bénéficiant du rayonnement solaire pour alimenter le feu sous les casseroles plutôt que de couper des arbres pour le bois à chauffer.

Un très intéressant point a été soulevé au sujet des femmes et du climat : les États qui comptent un nombre important de femmes parlementaires sont ceux qui font passer davantage de lois en faveur de l’environnement.

Militante pacifiste, l’actrice consacra aussi un vendredi à la guerre, à l’armée et au changement climatique.

Il y fut remarqué que la toute puissante et importante armée américaine est exemptée d’appliquer les lois sur l’environnement et qu’elle peut déverser à sa guise des produits chimiques et toxiques dans la nature, brûler n’importe quel matériel usagé, y aller à coups de bombardements à l’uranium appauvri…

Gageons qu’elle n’est pas la seule à agir de la sorte, pensons aux autres membres de l’OTAN, aux armées russes, chinoises…, mais, nuance importante, l’armée américaine possède 800 bases dans le monde entier et son budget est plus important que les programmes sociaux et le Pentagone, QG de la Défense aux USA, est l’organisme public qui consomme le plus d’hydrocarbures au monde.

« Que chacun d’entre nous fasse pression sur les élus et vérifie si les organismes dont on est membre ou affilié, la banque, par exemple, n’investit pas dans le complexe militaro-industriel. Avec un peu de pratique, vous saurez vous faire entendre et de plus en plus de voix s’élèveront avec la vôtre. »

Celle, par exemple, pour dénoncer que les sociétés pollueuses stockent et déversent principalement leurs produits toxiques dans des lieux habités par des communautés pauvres et non-blanches. Ou, encore, comme il fut démontré que, s’il est illégal à une entreprise pétrochimique de s’installer près d’une école, il est légal qu’une école s’installe près d’une entreprise pétrochimique ! Le capitalisme n’est pas une contradiction près !

Tous mes remerciements à Florence Godfernaux et Raphaëlle Gourvat, attachées de presse aux Éditions Albin Michel, à Greenpeace, à Tim Aubry, photographe, et, bien sûr, à Jane Fonda pour les documents photographiques et informations.

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