21 juillet 2021
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À travers les fissures la lumière (re)vient

Certains philosophes, sociologues et ethnologues sont particulièrement pessimistes quant à l’avenir de la société. Pour eux, le monde est irrémédiablement perdu, il n’y a plus d’espoir de sortir du marasme dans lequel l’être humain est englouti et il est absolument impensable de récupérer une vie en commun normale.

Pour eux, l’apocalypse est sous nos yeux et on n’y échappera pas, quoi que l’on fasse.

Ce n’est pas du tout mon ressentiment et le très ancien dicton qui dit que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir, garde tout sens.

Bien évidemment, il faut raison garder par rapport à une personne atteinte d’une maladie incurable ou victime d’un accident la plaçant dans un état en fin de vie avéré, mais ceci relève du domaine médical qui n’est pas de mon propos.

Il s’agit de ceux qui clament que le monde est foutu à tout jamais et que l’existence terrestre s’éteint.

Certes, il est moins une ou moins deux, amis je constate quand même une fameuse prise de conscience planétaire sur la nécessité de changer de paradigmes et cela se réalise, certes par petites doses, par petites choses ou des micro-libérations, selon l’anthropologue Franco la Cecla[1] qui cite très opportunément Leonard Cohen : « Il y a des fissures partout et c’est à travers elles que la lumière vient ! »

Que la Lumière – avec un L – suis-je tenté de paraphraser.

Ainsi, l’espoir en l’humanité me semble de plus en plus présent parmi cette jeunesse qui critique à raison et avec force l’héritage du capitalisme ultralibéral qu’elle doit à présent gérer.

Et, comme cette jeunesse trouve à ses côtés de plus en plus d’anciens qui ont remis leur bleu de travail militant, après une phase d’analyse, de constat très inquiétant comme le démontre plus que jamais l’urgence climatique, on constate aussi que pas mal de citoyens reprennent possession du terrain. Du terrain de la vie.

Quand j’apprends aussi qu’une institution aussi ancrée sur le respect strict et quasiment dogmatique des lois promulguées par le législateur qu’est la Justice et qu’elle rend des jugements moraux qui condamnent fermement des États, des autorités, des décideurs, de puissantes sociétés industrielles, des oligarques, dictateurs, doctrinaires et autres totalitaristes et intégristes au nom de gestions omnipotentes et antidémocratiques, de non-respect des droits fondamentaux à la vie et à la liberté, d’abus de pouvoir, de défaut de prévoyance ou de mauvaise gestion publique, d’atteintes à la clause de conscience…, je me dis que des mentalités changent et que du catastrophisme ambiant émerge une sorte de nouvelle humanité, même si force est de constater que l’après pandémie Covid-19 débouche sur une reprise du consumérisme à outrance pour d’aucuns.

Cette nouvelle humanité se compose de gens qui, inlassablement, résistent au pouvoir imposé par les institutions et les oppresseurs, des gens qui re-construisent des liens humanistes, des gens qui ne se contentent pas de grandes théories intellectuelles distillées par des experts autoproclamés depuis leur tour d’ivoire ou d’une intelligentsia qui pérore sur le sexe des anges, mais de gens qui mouillent leur maillot, comme on dit dans le monde sportif, et qui, comme Giuseppe Onufrio[2], directeur de Greenpeace Italie, déclare qu’il est exact que la vision actuelle du monde est effrayante selon laquelle on ne peut rien faire, mais qu’à force d’actions, aussi minimes soient-elles, de protestations, de militantisme actif sur le terrain qui modifie réellement tel ou tel élément dans le bon sens, tout cela montre clairement que tout n’est pas dit, que tout n’est pas fini.

 

[1] Ivan Illich et l’art de vivre, Atelier de création libertaire, Lyon, 2021.

[2] Cité par Franco La Cecla.

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