19 janvier 2022

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Reportage dans un camp de la mort : « Ne plus vivre à genoux mais libres « 

Pierre Guelff pour Fréquence Terre dans un camp de la mort : « Pour que cela n’arrive plus jamais ! » (Photo Marie-Paule Peuteman).

Lors de ce reportage, je fus submergé par l’émotion parfois doublée de colère quand j’assiste au spectacle alarmant de gens véhiculant des propos qui menèrent tant de citoyens démocrates dans ce lieu d’horreur inimaginable, sauf pour les nazis, les fascistes et leurs sbires, bien entendu, qu’est le Fort de Breendonk situé entre Bruxelles et Anvers.

J’ai parcouru cette masse de béton, ces lieux sordides où chaque mur transpire encore le martyre, la famine, les coups, les humiliations endurés par des centaines de de juifs, de francs-maçons, de tziganes, de communistes, de résistants, de citoyens dénoncés pour être des démocrates.

J’ai parcouru des dortoirs où ils étaient entassés par dizaines, de rares points d’eau, des toilettes communes, j’ai vu ces wagonnets qu’ils poussaient jusqu’à l’épuisement sur le chantier voisin et, surtout, ce wagon qui symbolise les trains à bestiaux changés en convois d’êtres humains dirigés vers les camps de concentration.

   Certains ont échappé à la mort et témoignèrent de cette étape de Breendonk sur l’itinéraire vers Auschwitz, Dachau…

Quelques témoignages diffusés sur place :

  • Une prisonnière wallonne : « Pour se laver, c’était une situation très désagréable, car on ne pouvait pas se déshabiller devant les soldats qui nous regardaient. Nous avions un petit robinet à l’extérieur de la cellule en traversant un couloir, mais je ne peux vous dire précisément le chemin car nous portions une cagoule. On pouvait seulement l’enlever pour se laver le bout du nez et les avant-bras, alors vous vous rendez compte de la situation au bout de 3 ½ mois de détention…

Je me souviens d’une odeur de ciment mêlée à une odeur fétide, c’était insupportable.

Notre rôle fut de s’encourager mutuellement et quand quelqu’un s’affaissait, on essayait de le remonter.

On parlait beaucoup de nourriture dans cette cellule. Le nombre de recettes imaginaires que nous avons confectionnées fut incroyable, ce fut comme si on les mangeait ! »

  • Un prisonnier bruxellois : « Les SS avaient mis des grands tonneaux à l’extérieur et le matin les prisonniers devaient aller s’y asseoir pour se libérer. C’était à coups de chicottes …

Deux à trois cents prisonniers en même temps et d’autres, comme moi, qui devions éparpiller leurs merdes sur le potager pour la bouffe des SS flamands… qui vivaient sur notre sueur. C’était inouï ce truc (pleurs)… »

Wilchar, prisonnier à Breendonk (Photo Marie-Paule Peuteman).
  • En 1940, Wilchar (1910-2005), peintre, affichiste, linograveur, anarchiste pacifiste, ses « bombes » étaient des toiles et gravures dénonçant les injustices.

Il avait échappé à la captivité et prit une part active dans la Résistance en créant le groupe d’artistes « Contact » qui publia le journal clandestin du Parti communiste, « Art et liberté ».

Le 2 avril 1943, il fut arrêté par les SS et détenu à Breendonk jusqu’au 27 mai 1943 sous le matricule 1939.

Il fut ensuite transféré à la Citadelle de Huy et y resta emprisonné jusqu’à la Libération.

Son témoignage recueilli à Breendonk : « Pour faire nos besoins dans la journée, c’était toujours une aventure. Des prisonniers faisaient ça la nuit et le matin le bidon (servant de pot de chambre) débordait.

Il y avait de la saleté et des excréments partout, dans tous les coins, les prisonniers sous les coups de chicotte et les ordres « Schnell ! Schnell ! » devaient nettoyer… »

Probablement trop ému à ce souvenir, l’enregistrement de Wilchar s’arrêta là : il était sorti très meurtri de sa captivité à Breendonk et, par la suite, la RTBF lui consacra un documentaire sous le titre évocateur de « Wilchar, les larmes noires ».

Le bruit des bottes

Des magistrats préconisent la visite de Breendonk à des certaines de personnes qui affichent leurs convictions néonazies ou néofascistes.

C’est une initiative louable, selon moi, mais elle n’est encore que parcimonieuse et, aux quatre coins de la planète, le bruit des bottes se fait à nouveau entendre.

Des bottes prêtes à écraser tous ceux qui dérangent les régimes dictatoriaux, d’extrême droite, les complotistes et conspirationnistes, comme le montre une immense botte brunâtre écrasant de son talon des gens, sculpture contemporaine trônant à l’entrée de Breendonk, là où il y eut 3.500 détenus, 184 fusillés, 23 pendus et une centaine de morts des suites de mauvais traitements, de torture et d’épuisement.

Des êtres humains qui y ont souffert pour que nous puissions vivre libres.

Photo titre : dignitaires nazis responsables du Fort de Breendonk lors de la Seconde guerre mondiale

Reportage photographique : Marie-Paule Peuteman

Musique : extrait de « Nuit et Brouillard » de Jean Ferrat, compositeur et interprète.

 

 

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