mercredi, juin 7, 2023

Curio Guide : Le Fusil brisé : une idéologie anachronique ? (Partenariat POUR)

À l’heure où la société est à nouveau envahie par le bruit des bottes et des canons et qu’un militarisme exacerbé envahit l’espace citoyen, jusqu’au 30 avril, à Braine-le-Comte, une sympathique ville belge située à une cinquantaine de kilomètres de Valenciennes, se tient une exposition sur le thème « Le Fusil brisé : une idée anachronique ? »

C’est dans la salle du Grand Bailli du remarquable bâtiment du XVIe siècle, l’Hôtel Arenberg, qui à lui tout seul mérite déjà le déplacement, que se tient « cette exposition de réflexion qui entre dans nos gênes », comme le précise Palmeiro Spinogatti, cheville ouvrière de la Maison des Associations laïques locales.

Un décor somptueux pour un sujet épineux : militarisme ou antimilitarisme comme modèle de société ? La mort ou la vie ?

Quinze parties la composent et elle débute par un fait marquant qui se déroula en 1921, peu de temps après le carnage de la Première Guerre mondiale avec plus de neuf millions de morts et disparus.

À l’époque, le pacifisme était de mise dans les rangs socialistes car, faut-il le rappeler, l’antimilitarisme est d’essence ouvrière par suite de la prise de conscience des ouvriers qui ne désiraient absolument pas tuer des collègues de l’autre côté de la frontière afin d’assouvir la soif de gloire des gradés militaires et le business des industriels de l’armement.

Aujourd’hui, les dirigeants des différents PS, tant belges que français, marchent main dans la main avec ces faiseurs de guerres.

Des anciens combattants qui parlaient pas expérience, devinrent antimilitaristes face au carnage dont ils survécurent.

En 1921, une réunion syndicale fut organisée au cœur de la Wallonie et avait pour but une semaine d’études et de discussions sur le thème des contrats collectifs, des commissions mixtes et du contrôle ouvrier dans les usines, avec deux invités d’honneur, le délégué hindou Wadin et le délégué allemand Sassenbach.

La présence de ce dernier occasionna des réactions de colère, de mépris et une crise politique majeure, comme la résume Palmeiro Spinogatti :

« La présence de Johannes Sassenbach, autodidacte et artisan bourrelier, syndicaliste, devenu responsable d’une école berlinoise, n’eut pas l’heur de plaire aux politiciens catholiques et libéraux car c’était un boche ! Des manifestations durèrent trois jours et le gouvernement belge tomba, les socialistes étant même expulsés de tout gouvernement durant une décennie. »

Les titres de la presse étaient éloquents : « Forcenés socialistes contre patriotards », « Un crime de lèse-patrie », « Les Patriotards sont en émoi », « Un scandale avec la venue d’un boche », « Un meeting bolcheviste » …

Pour la petite histoire, si j’ose dire, Johannes Sassenbach fut arrêté par les nazis en 1934…

Ustensile pour le tirage au sort vers la mort…

L’exposition explique à l’aide d’une douzaine de panneaux didactiques cette période, celle, entre autres, de « l’impôt du sang », c’est-à-dire du tirage au sort pour le service militaire avec cet aspect d’injustice que les plus riches payaient les plus pauvres pour aller à la guerre à leur place.

« Ils payaient de 1 500 à 2 000 francs à l’époque, soit le prix d’une maison ! »

Cette période fut également celle de la naissance du symbole de l’arme cassée et de l’Internationale des Résistants à la Guerre, développant des arguments tels ceux de Louis Lecoin, celui qui fit plier le général de Gaulle pour obtenir le statut d’objecteur de conscience.

Je le cite : « S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »

Ce genre d’argument est-il devenu anachronique quand on constate la complicité du monde politique, même celui des forces progressistes, avec les marchands de canons et les militaires dont, rappelons-le, le but premier est de « tuer » ? Une complicité qui paraît laisser indifférente la majorité des citoyens.

Jusqu’au jour où le bruit des bottes retentira sous nos fenêtres.

 

Extrait sonore YouTube : Nouvelle Marseillaise par Graeme Allwright.

Photos : Fréquence Terre.

1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour vos commentaires. En septembre 1921, une semaine syndicale a été organisée à Morlanwelz par, notamment, le POB (Parti Ouvrier Belge créé en 1885 : l’ancêtre du PS). du moins ses sections locales, sans oublier les Jeunes Gardes Socialistes (JGS). Morlanwelz est une localité de l’axe industriel wallon située à une dizaine de kms de La Louvière, autre cité industrielle. A cette semaine ont été invités Wadia, syndicaliste indien, Merrheim syndicaliste français et Johannes Sassenbach, artisan, syndicaliste, et pédagogue allemand. La présence de ce dernier a causé scandale dans les rangs d’une certaine droite catholique et surtout libérale, à Morlanwelz et surtout à La Louvière : inviter un « boche exécré » peu après la 1ère Guerre mondiale! Des bagarres ont éclaté devant la Maison du Peuple louviéroise, ce qui a entraîné le 2 octobre une contre-manifestation , appelée « journée expiatoire » et organisée dans les rues louviéroises par les anciens combattants du parti libéral. Enfin, le 16 octobre, a eu lieu la grande manifestation du « Fusil brisé » à La Louvière : à l’appel des JGS et des sections locales du POB, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont assisté àa la remise, depuis le balcon de la Maison du Peuple, d’un drapeau montrant un soldat belge brisant son fusil : scandale et chute du gouvernement!

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