« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

« Une étrange entreprise » de Jean Anglade (Pocket) évoque l’existence d’Henri, fils d’Ahmed, dit Albert, Kabyle de naissance, et de Joséphie, Auvergnate. À l’état civil, on a omis un « n » pour faire Joséphine !

Un Ahmed envoyé en 1914 dans les tranchées de la Marne, de la Meuse et de la Somme alors qu’il avait à peine 16 ans.

Il fut enrôlé sous le titre hypocrite de « volontaire désigné » ! Heureusement, il échappa au massacre et vint fonder une famille en Auvergne, une oreille en moins, celle laissée dans le carnage concocté par des militaires assoiffés de gloriole.

Son capitaine, industriel dans le civil, l’amena à Thiers afin qu’il soigne ses chevaux. Le Kabyle accepta et, selon lui, il devint alors « quelqu’un ».

Quelques années plus tard, Henri se souvint de la Foire au Pré et de la troupe « Les Allumeurs de becs à gaz » avec leurs camelots, acrobates, bouffons, clowns… Il devint aussi clown professionnel !

D’ailleurs, son institutrice lui avait prédit le métier de saltimbanque tant ses farces et blagues étaient nombreuses. « C’est vrai qu’il vaut mieux faire rire que faire pleurer ! », avait-elle dit à Joséphie.

Dans ce livre, Jean Anglade, bientôt centenaire !, dépeint avec une rare précision le quotidien de la société auvergnate et il nous entraîne dans une saga poignante, parfois drôle, quelquefois dramatique ou, alors, franchement surprenante, telle une « blague » concernant Auschwitz. Néanmoins, il la justifie : « Plaisanter de la mort, c’est lui enlever un peu de son horreur ».

Et, l’auteur de conclure : « De nos jours, les sciences, c’est pour gagner de l’argent, les lettres, c’est pour le bonheur » !

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