« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

Le curé refusait de baptiser le nouveau-né de l’instituteur de « l’école du diable », car valet de Satan et promoteur de la dissolution des familles et des mœurs. Au catéchisme, des prêtres et des religieuses vouaient aux flammes éternelles les adultes qui fréquentaient des laïcs. Les curés refusaient aussi l’absolution aux jeunes qui dansaient un soir de fête religieuse.

Nous étions pourtant en 1953, en Bretagne, loin de l’Inquisition moyenâgeuse. Bien que…

D’autres exemples de cette tension ? Les métayers qui inscrivaient leurs enfants dans l’école dite du diable, risquaient leur bail, les petits artisans la saisie, les commerçants le boycott…

Ce fut dans ce contexte que Julia et Simon, un couple d’enseignants parisiens, débarqua dans un village où le maire, vicomte de son état, leur était franchement hostile.

Elle était institutrice au bourg en concurrence, donc, avec l’école des sœurs, lui donnait et suivait des cours à Rennes, à quelques dizaines de kilomètres de là, leur cinq enfants s’en accommodant vaille que vaille, comme le raconte avec beaucoup d’humanité Sylvette Desmeuzes-Balland dans « Les Enfants de l’école du diable » paru aux Presses de la Cité dans cette belle collection de terroir intitulée « Terres de France ».

Et de conter, également, cette étrange situation de l’institutrice née dans une famille athée, convertie par choix au catholicisme à l’âge de 20 ans et qui, malgré le fanatisme de certains, entendait pratiquer sa religion d’élection.

Sans dévoiler davantage la trame de cette histoire touchante, on devine le climat tendu qui pouvait exister dans ce village breton, mais surtout la tâche pédagogique à mener avec des enfants principalement issus de l’assistance publique :

« Comment faire appliquer des règles de grammaire ou de mathématiques à des élèves qui n’en comprennent pas les mots ? En tant que pédagogue laïque croyante et pratiquante, ma vocation est de former des êtres épanouis à défaut de les mener au certificat d’études. Le travail est immense, l’enjeu passionnant », confia l’institutrice à une amie.

A fortiori, quand un potache évoquait un chien poilu pour un mouton, qu’un autre se faisait sévèrement cogner parce qu’il était traité de fainéant par son entourage alors qu’il avait un sérieux retard, disons, intellectuel, « les enfants qui grandissent sans caresses ne sentent pas les coups de bâton », disait-on.

Eh bien ! Dans cette école du diable, l’institutrice fit, si j’ose dire, des miracles. Elle fut même considérée comme une « héroïne des temps modernes » donnant toutes ses lettres de noblesse à l’école laïque, à l’école pour tous, républicaine, gratuite et mixte.

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