« sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

L’édition originale de « Une pomme oubliée » de Jean Anglade date de 1969 (chez Julliard) et près de quarante années plus tard les Editions Pocket ressortent ce livre. Inutile, donc, de faire un dessin : cet auteur et ce style littéraire (tant décrit par une certaine intelligentsia) font recette !

« Une pomme oubliée » évoque les champs, la vie rurale, les villages (de plus en plus abandonnés en cette moitié de XXe siècle), les sagas familiales…

Dans le présent ouvrage, Jean Anglade raconte l’histoire (à la fin sordide) de Mathilde, une dame âgée qui est restée la seule habitante d’un hameau auvergnat. « Elle veille avec amour sur chaque maison, redonne vie à chaque pierre… »

Alors, au fil des pages, j’ai noté quelques passages qui évoquent cette moitié du siècle dernier où, subrepticement, une étrange petite lucarne remplaça les veillées au coin du feu…

. « Tous les vieux étaient morts. Les jeunes avaient quitté cette terre difficile ; ils étaient allés s’installer dans les villes afin de profiter des Assurances sociales et des Congés payés. Alors, tout doucement, les maisons s’écroulaient, la terre redevenait garenne, broussailles, ronciers, ce qui était sa façon à elle de mourir aussi. (…) Non de gueux, que c’est triste un village sans cris d’enfants, sans rires d’enfants ! »

. « On parla des fauchaisons, de la T.V.A . qui allait prochainement frapper le pays et qui signifiait Tout-va-augmenter, des routes pourries du département. »

. « Les enfants naissent, ils grandissent, ils se cabossent mille fois le front, ils s’arrachent les genoux, les mères leur donnent leur lait, leur pain, leurs jours et leurs nuits. Ensuite, ils s’en vont on ne sait où, emportés par les guerres ou par leur ambition. »

. « Il pleut toujours sur ceux qui sont déjà mouillés, si tu es riche on te donnera, et si tu es misérable on t’enlèvera. »

Et qui, donc, peut encore proférer que le roman de Terroir est un art littéraire mineur après avoir lu ça ?

Pierre Guelff.

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