«  sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

Qui, mieux qu’une personne de terrain, pouvait écrire Et si la révolution était possible que Denis Langlois (Éditions SCUP), objecteur de conscience, condamné et emprisonné pour insoumission et refus d’obéissance, participant de Mai 68, auteur, avocat, témoin d’atrocités des conflits en Yougoslavie, Irak, Liban…, chantre du pacifisme… qui, d’emblée lance « N’offrons pas à nos adversaires les alibis et les justifications qu’ils attendent pour cogner. »

En France, constate-t-il, le dernier soulèvement visant à transformer la société remonte à Mai 68. Échec avec un vague prolongement électoral en 1981 et l’élection de François Mitterrand comme président de la république : « Une énorme désillusion pour ceux qui espéraient un changement radical, écrit l’auteur. Aujourd’hui, les inégalités sociales sont plus marquées qu’il y a cinquante ans. Cela veut-il dire que la révolution est impossible ? » se demande-t-il.

Après une démonstration convaincante sur les échecs successifs de révolutions armées, violentes, il n’hésite pas à dire : « Comment peut-on affirmer que le pouvoir révolutionnaire est au bout du fusil, quand c’est l’ennemi qui tient le fusil ? »

Sa réponse est claire et nette : « Seules les révoltes non violentes, celles qui permettent aux opprimés de s’appuyer sur la force insoupçonnée du nombre, ont quelques chances de réussir. Les pouvoirs savent comment massacrer ceux qui prennent les armes contre eux, ils sont toujours désorientés devant une population qui emploie des méthodes différentes et pratique notamment les manifestations pacifiques. »

En cela, Denis Langlois rejoint un autre activiste pacifiste efficace, Srdja Popovic, auteur de Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes, dont il a aussi été amplement question sur .

Et, surtout ne croyez pas que les non-violents sont des lâches, passifs, inertes et « se tournent les pouces en attendant que les événements surviennent par miracle. »

Jugez-en : « Pas besoin d’être un militant chevronné bardé de cicatrices. Il suffit de vouloir lutter sincèrement contre l’injustice et l’inégalité.  Inspirons-nous du boomerang, amenons la violence à se retourner contre la violence, créons des mouvements et surtout pas des partis qui, eux, donnent rapidement naissance à des partis pris et de la partialité. Il faut des mouvements où il n’y a pas de hiérarchies entre les activités intellectuelles et manuelles, le rédacteur d’un article n’étant pas considéré comme supérieur à la distributrice de tracts, ou l’inverse. »

En somme, je retrouve dans cette proposition l’esprit compagnonnique qui m’est cher : « La main est le prolongement de l’esprit » et cela mérite bien une deuxième prochaine chronique sur cet essai tellement utile dans notre société déboussolée.

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