Ils sont quatre. Quatre à avoir été désignés candidats au prix Danielle Mitterrand 2019. Quatre personnalités parmi les nombreuses candidatures reçues à la Fondation .

Depuis 2013, ce prix vient saluer l’action d’un acteur de la société civile ayant contribué à porter les idées défendues par l’ancienne présidente de la Fondation, celles d’un monde plus juste et plus solidaire.

Avec Léna Bauer, responsable de la communication de France Libertés.

Quatre candidats sont mis à l’honneur. Trois femmes et un homme. On commence les présentations avec Autumn Peltier. C’est une jeune militante autochtone du Canada, plus précisément de l’Ontario. Elle a 13 ans et elle se mobilise pour le droit à l’eau.

© CSIA-Nitassinan

« L’année dernière, elle a prononcé un discours à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York dans lequel elle a demandé à l’Onu d’accorder à l’eau les mêmes et la même protection qu’aux êtres humains. Depuis, elle a rejoint toutes les mobilisations contre la construction d’oléoducs aux Etats-Unis comme au Canada. Ce sont des constructions qui menacent le droit à l’eau et le droit des populations locales et autochtones. »

Elle est aussi le symbole de la lutte de la jeunesse pour la protection de la Terre, de l’eau et du , très en pointe en ce moment.

« Effectivement. Elle vient d’être nommée commissaire en chef de l’eau par la nation Anishinaabe, au Canada. Son action fait d’elle un symbole de cette jeunesse qui se lève aujourd’hui un peu partout dans le monde pour l’eau, le climat et pour la Terre en général. »

La deuxième personnalité est Rodrigo Mundaca. Il est Chilien. Il défend l’accès à l’eau dans la province de Petorca. Il a cofondé le Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la protection de la terre et de l’environnement, Modatima.

© Modatima

« Il est l’un des fondateurs d’un mouvement très important au Chili, le Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la protection de la terre et de l’environnement au Chili (Modatima). Ce mouvement est né en à l’accaparement des terres et de l’eau par les grands propriétaires fonciers, notamment par l’industrie de l’avocat. Ce qui est très intéressant dans le mouvement Modatima, c’est qu’il refuse cette privatisation et cette marchandisation de l’eau. Ils affirment que l’eau est un bien commun et que l’accès à l’eau est un droit commun. »

Et pour son combat, lui et ses amis sont menacés de violences et d’emprisonnement. Amnesty a d’ailleurs pris leur défense et appelle à signer une pétition pour que ces défenseurs des droits humains soient protégés.

« Comme beaucoup de défenseurs des droits humains, Rodrigo Mundaca a subi des représailles pour son action. D’une part il a été poursuivi en justice, parce qu’il a dénoncé l’un des responsables politiques qui était responsable de cet accaparement de l’eau. Cela lui a valu un long processus judiciaire et une condamnation pour diffamation. D’autre part il subit des menaces, notamment des menaces de mort, ainsi que d’autres personnes de son organisation. »

Une autre femme est à l’honneur pour ce prix .   est syrienne. Elle à la tête de la première “Maison des femmes”, dans le Rojava, au nord-est de la Syrie.

Ilham Amare © Rojava Information Center

« Elle a parcouru toute la région du Rojava au fur et à mesures que Daesh était repoussé, pour installer des Maisons de femmes dans chaque ville, à Kobané ou à Raqa. Ces maisons sont vraiment des lieux sûrs pour les femmes où elles peuvent venir demander de l’aide si elles sont en danger, où elles peuvent acquérir de l’autonomie, des compétences ou encore revendiquer leurs droits. »

Elle prône une alternative démocratique dans la province du Rojava, une alternative portée par l’action des femmes, autour du municipalisme.

« Oui. Elle participe complètement à la construction de cette alternative qu’on voit au Rojava aujourd’hui. En faisant avancer les droits des femmes, elle fait reculer l’idéologie de Daesh. Ilham Amare et son équipe des Maisons des femmes subissent des attaques, sont confrontées à l’hostilité d’une partie de la population qui est conservatrice. Mais malgré tout, petit à petit, on voit qu’elles réussissent à obtenir la confiance des communautés locales et leur coopération. Elle parcourt chaque quartier, chaque village du Rojava pour mettre en place de nouvelles Maisons des femmes. C’est vraiment en cela que, dans la persévérance de leur lutte, elles participent vraiment à construire un avenir meilleur dans toute la région. »

Quatrième et dernière candidate à ce prix Danielle Mitterrand, , C’est une jeune Kanak que nous avons déjà entendu sur Fréquence Terre. Cette chercheuse s’attache à défendre les intérêts des populations et de la biodiversité locale.

Subama Mapou © IKAPALA

« Elle a été initiée très jeune aux pratiques médicinales traditionnelles par son grand-père. C’est pour cela qu’elle a voulu participer à la reconnaissance et à la valorisation des savoirs traditionnels kanaks.  Elle est en cours de thèse sur la cosmétopée de la Nouvelle-Calédonie dans laquelle elle réalise des enquêtes tout en respectant les droits des . Par exemple, elle a rédigé un document de consentement préalable à la collecte des savoirs traditionnels qui a reçu l’aval du Sénat coutumier. »

C’est également la porte-parole et secrétaire générale d’Ikapala, l’Institut Kanak des Plantes, de l’Artisanat et les Langues Autochtones, qui défend les intérêts des savoirs peuples autochtones

« Subama Mapou est porte-parole de l’Ikapala, un institut qui regroupe une quarantaine d’associations, à la fois de femmes, de jeunes ou de coutumiers. Cet institut a notamment organisé l’année dernière un congrès international sur les savoirs traditionnels qui a réuni des peuples autochtones, des experts juridiques et des scientifiques. Ikapala cherche à défendre le patrimoine matériel immatériel kanak. Subama Mapou s’est rendue d’ailleurs à l’instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, au mois d’avril dernier, pour demander la reconnaissance des savoirs traditionnels kanaks devant l’Onu. »

Trois femmes, un homme et une même vision : promouvoir et défendre les peuples autochtones pour mieux préserver la planète.

Le jury, composé notamment de Christiane Taubira, Agnès B, ou encore la Tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, prix Danielle Mitterrand 2017, dévoilera son lauréat à l’automne prochain.

Pour aller plus loin :

Nouvelle-Calédonie : “Il y a urgence pour les générations futures” (Subama Mapou)