Depuis des mois, de manière remarquablement pacifique, le peuple algérien fait entendre au Pouvoir et à ses acolytes, qu’il ne veut plus de leur régime. Une fois encore, cette fronde est très vive en Kabylie, là où j’ai travaillé comme technicien de 1969 à 1971, sans toutefois mesurer la puissance de caractère  de ses habitants. Chose est faite, quelques décennies plus tard. En effet, un ami Kabyle, Larbi Adouane, ancien collègue à Bejaïa, devenu à son tour auteur, vient de me faire parvenir « Les geôles d’Alger » de Mohamed Benchicou (Éditions Riveneuve), un journaliste engagé à l’instar d’Albert Camus, et qui fut incarcéré deux années dans la terrifiante prison d’El-Harrach pour n’avoir pas courbé l’échine devant ledit Pouvoir et ceux qui sont de connivence avec lui.

Cependant dans mon subconscient, au fur et à mesure de mes échanges épistolaires avec mon ami et la lecture des informations concernant la « Décennie noire » et le présent mouvement de contestation dans ce pays d’Afrique du Nord, j’avais comparé la Kabylie aux Ardennes, dont je suis originaire.

Ainsi, à la mi-juillet, j’ai réalisé un reportage consacré aux Hautes Ardennes sous le titre « Immortelle âme ouvrière et artisanale » et précisé : « Ici défilent l’Histoire de gens qui l’ont façonnée au fil des siècles, parfois tourmentés, telle la Bataille des Ardennes, du labeur d’un peuple d’artisans et d’ouvriers que l’on dit ‘‘têtu comme un Ardennais’’, alors qu’il s’agit de courage et de ténacité à la tâche… »

Et, grâce à la lecture du touchant ouvrage de Mohamed Benchicou, dont il sera amplement question dans une prochaine chronique, j’ai compris que mon ressentiment n’était pas erroné. Je le cite : « La Kabylie, région orgueilleuse, jalouse de sa culture et de sa langue amazighes, que les dictatures algériennes ont toujours méprisées, on est toujours prêt au combat pour son honneur, son identité, son histoire et, pour tout dire, son indépendance. Les Kabyles, au fil des siècles, contre les envahisseurs de toutes races et de toutes confessions, ont toujours su protéger leurs racines des perversions et de l’oubli. »

Et il précise aussi au sujet du caractère du Kabyle : « Le Kabyle apprend à affronter les écueils de la vie, à durcir sa résistance et à se forger, très tôt, une personnalité originale, l’attachement à la langue, un amour passionné pour sa terre, un refus constant de la soumission, un mode de vie, une poésie et une singulières par lesquelles la mémoire s’est transmise de générations en générations. »

Enfin, comment ne pas être touché par ces « gavroches kabyles » clamant : « Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts ! » ?

Poser la question est y répondre.

Musique : Michaël Mathy. http://www.michaelmathy.be/#music