14.7 C
Paris
22 avril 2021

« Le savoir-vivre ensemble prime sur le patriotisme »

AccueilPodcastLittérature Sans Frontières« Le savoir-vivre ensemble prime sur le patriotisme »

Dans la très intéressante émission « Invitation au voyage », chaque jour de la semaine sur ARTE, un documentaire a été récemment consacré à Romain Rolland (1866-1944), historien, écrivain, humaniste et militant pacifiste qui a connu les deux guerres mondiales.

« À la limite nord-ouest du Morvan, se trouve un petit territoire qui offre tout ce que l’on peut espérer de la Bourgogne… » est-il d’emblée commenté sur de magnifiques images.

Tout, c’est-à-dire, du bon vin, une riche tradition culinaire, des chefs-d’œuvre de l’art roman, des bocages “aux reliefs harmonieux plantés de forêts et d’églises”…

C’est à Clamcy que Romain Rolland est né et a vécu une partie de sa jeunesse.

Clamcy, cité médiévale d’eau où « le passé se lit à livre ouvert », est une petite ville de moins de 4 000 habitants qui, par sa structure, témoigne de l’organisation sociale du temps de l’écrivain.

Il y a une ville basse, le centre qui est la ville moyenne et puis les quartiers situés sur les hauteurs.

La ville haute est le lieu des puissants et des notables qui composent les classes politiques, religieuses et économiques. La ville basse, elle, c’est celle habitée par le peuple. Celui-ci est assez frondeur et est principalement formé des flotteurs qui occupent le quartier dit de « Bethléem ». Ces artisans sont souvent regroupés en confréries très solidaires.

Capture d’écran lors de l’émission “Invitation au voyage” sur ARTE, 8 décembre 2020.

Pourquoi autant de flotteurs ? Parce que l’Yonne coule dans la vallée aux pieds de la cité et le flottage consistait à acheminer les troncs d’arbres du Morvan jusqu’à Paris, où on le sait, ce n’est pas la Seine qui passe sous les ponts de la Ville lumière, mais bien la même Yonne !

Ceci étant précisé, l’entreprise de flottage permit de ramener les idées républicaines de la capitale à Clamcy et son symbole le plus marquant est le drapeau tricolore qui, encore aujourd’hui, est placé toute l’année au sommet de la collégiale Saint-Martin. C’est, en quelque sorte, « une prise de la république sur ce lieu de culte ».

Romain Rolland termina son existence à Vézelay en 1944 et ce fut l’heure du bilan pour cet homme empreint de l’idéal pacifiste, récompensé du Prix Nobel de Littérature en 1915 pour son ouvrage « Au-dessus de la mêlée », véritable manifeste qui corroborait sa philosophie : « Le savoir-vivre ensemble l’emporte sur le patriotisme ».

Peu avant de mourir, il écrivit : « Je suis accablé. Je voudrais être mort. Il est horrible de vivre au milieu de cette humanité démente et d’assister, impuissant, à la faillite de la civilisation. »

Laïque convaincu, il s’est toujours intéressé à la spiritualité dialoguant avec d’autres cultures, fut-il encore dit dans l’émission d’ARTE, comme en témoignent ses liens avec Gandhi, avec Freud, avec un moine franciscain, également poète, au nom significatif : « Frère Pacifiste ».

En revanche, ses liens amicaux avec Stefan Zweig volèrent en éclats en 1933 quand il déclara : « Il est trop clair que nos chemins se sont séparés. Il ménage étrangement le fascisme hitlérien qui cependant ne le ménagera pas… »

Dans l’immense œuvre de Romain Rolland, je relève les propos suivants : « Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. Quand l’ordre est injustice, le désordre est déjà un commencement de justice. La religion de la Non-violence n’est pas seulement pour les saints, elle est pour le commun des hommes. C’est la loi de notre espèce, comme la violence est la loi de la brute. »

Enfin, à l’heure où l’on assiste sur les réseaux sociaux à un déchaînement de fake news et de messages franchement nauséabonds et complotistes, il n’est pas vain de relire cette citation de Romain Rolland, en l’occurrence, véritable visionnaire : « Une discussion est impossible avec quelqu’un qui prétend ne pas chercher la vérité, mais déjà la posséder. »

Plus d'épisodes