14 juin 2021
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Histoire d’une (future) photo mythique  

On connaît quelques photos mythiques qui traversent le temps et l’espace : celle du baiser des amoureux parisiens de Doisneau, celle du Che qui figure encore sur des millions de T-shirts, drapeaux et posters, également celle de la toute petite fille, nue et en pleurs, sur une route vietnamienne en plein bombardement au napalm américain, et que dire du cliché de la réunion historique du trio Brel-Ferré-Brassens qui est encore abondamment publiée, tout comme, en ces moments difficiles, de la jeune militante pacifiste plaçant une fleur dans le canon d’un soldat en guise de symbole de paix…

Je viens d’en découvrir une autre qui ne déparerait pas dans ce très subjectif et non exhaustif relevé. Je vous la décris, et, bien entendu, vous pourrez la voir sur notre site www.frequenceterre.com

Nous sommes dans les années 1940, en pleine seconde Guerre mondiale et sur un trottoir de la capitale. À l’avant-plan, une jeune femme d’une vingtaine d’années, assez jolie malgré un visage relativement fermé et un regard qui fixe l’objectif avec, semble-t-il, sévérité. Habillée sobrement, portant une sacoche et un petit sac, elle avance d’un pas décidé. Se rend-elle à l’école où elle est surveillante et institutrice, à l’église car elle est croyante, faire la file pour le ravitaillement de produits alimentaires ?

Derrière elle, à deux ou trois mètres, un gradé allemand en uniforme portant képi avec le sigle de l’aigle et de la croix gammée la suit. Il baisse légèrement la tête sur le côté tout en la scrutant, comme s’il analysait méticuleusement la démarche et les gestes de la piétonne.

Celle-ci est Andrée Geulen qui, aujourd’hui, approche les cent ans et dont Mathilde de Jamblinne, auteure de l’essai Femmes dans la Résistance (Éditions Jourdan), retrace l’histoire émouvante, le courage et l’inflexible détermination dans son objectif : « La désobéissance comme devoir », soit un véritable modèle de comportement humaniste.

Face aux rafles de la Gestapo, à l’étoile jaune portée par certains de ses écoliers, à l’imposition du STO, service du travail obligatoire dévolu à la machine d’extermination concoctée par le nazisme et le fascisme, Andrée Geulen devint membre active d’un groupe qui tentera de sauver un maximum d’enfants juifs menacés de déportation vers Dachau, Buchenwald et autres lieux infernaux imaginés par Hitler, ses sbires et la complicité de collaborateurs.

« Je n’ai fait que mon simple devoir », dit-elle encore. Et elle ajoute : « Désobéir aux lois de l’époque était la chose normale à faire. »

Par ce type d’engagement, elle sauva trois cents enfants et son réseau de 3 000 à 4 000 futures victimes de l’Holocauste.

Le livre de Mathilde de Jamblinne est une évidente piqure de rappel à l’égard de tous ceux qui se complaisent dans le révisionnisme et la propagation de l’idéologie de la peste brune qui envahit à nouveau nos régions.

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