19 septembre 2021

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La sur-obéissance : une seconde nature ? (2/3)

L’essai Désobéir écrit par Frédéric Gros pour Champs essais, dont il a déjà été question dans notre rubrique, attire l’attention sur un paradoxe.

Comme se fait-il que des gens obéissent le doigt sur la couture et sans broncher à des diktats alors que s’ils s’unissaient, ils mettraient à bas ceux qui les oppriment ?

La majorité dite silencieuse qui, pourtant, possède une force en elle avérée est amorphe face à une élite qui, elle, est rapidement solidaire et d’attaque.

Cette majorité silencieuse est-elle prisonnière de sa peur ? À vrai dire, l’élite bénéficie de forces armées, d’une police à sa dévotion, d’une justice de classe, de censeurs professionnels et même de mouchards, souligne l’auteur, tous des gens issus du peuple où se recrutent des espions, des gardiens de l’ordre, des officiers de justice.

Frédéric Gros dit qu’à force de servitude, cela devient une seconde nature chez trop de personnes, au point de ne plus connaître le sens du concept « liberté ».

Et, ne nous le cachons pas, il y a aussi tous ceux qui adhèrent de leur plein gré à la soumission, voire la promulgue, car ils y trouvent un exutoire, une participation active, lucrative, enthousiasmante, selon les cas.

Alors ? Il est certain qu’il n’est pas aisé de désobéir quand on voit pulluler des contremaîtres tyranniques, des dominants incompétents, que la cupidité et la jouissance du pouvoir sont la règle, ainsi que la soif de domination et le goût immodéré des richesses.

Ici, j’ouvre une parenthèse par le constat exprimé par des psychologues qui avancent que dans le silence, les blessures, les différences et les injustices se creusent. Qu’il y a lieu de rompre ce silence-là, plus particulièrement l’omerta, et qu’il est nécessaire de casser l’attitude et l’habitude du suivisme et de l’obéissance par conformisme.

C’est-à-dire, le règne du « on » anonyme qui est un « nous » qui se conjugue comme un « il » incluant simultanément le « tu » et le « vous » et qui absorbe le « je ». C’est donc à la fois tout le monde et personne !

Chacun est responsable de sa sur-obéissance, comme de son obéissance. Automaticité de la parole, prêt-à-penser, éléments de langage façonnent les idées préconçues au détriment d’une opinion.

Pour Frédéric Gros, la sur-obéissance est se rendre coupable d’auto-déresponsabilisation.

Il y a également le consentement qui, pour l’auteur, est une aliénation volontaire, une contrainte pleinement acceptée. Question essentielle : est-il possible de vouloir librement contre sa propre dignité ? Peut-on opposer liberté et dignité ?

Fameux débat qui déboucha sur ce passage de Frédéric Gros : « Consentir, c’est consentir librement à être dépendant d’un autre. »

L’idéologie du consentement est de faire comprendre qu’il est toujours trop tard pour désobéir.

Cependant, faut-il rappeler, comme il le fit dans son essai, que l’obéissance aux dirigeants est réservée et provisoire, que le citoyen délègue mais peut toujours reprendre la main ?

La démocratie est une exigence de liberté, d’égalité, de solidarité. Cette exigence qui fait désobéir est la démocratie critique. La désobéissance civile, qui en découle logiquement, est un mouvement structuré d’un groupe et la contestation personnelle est de l’objection de conscience.

La désobéissance civile, c’est désobéir publiquement ensemble, faire société, communiquer à l’opinion son indignation, s’adresser à la conscience de tous, refuser la violence, ne pas se laisser gouverner en acceptant l’inacceptable mais en pratiquant le vivre-ensemble.

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